Le conflit soudanais prend une tournure préoccupante pour les populations civiles féminines, avec l'incarcération de près de 800 femmes par l'armée régulière. Ces arrestations massives, documentées par l'organisation de défense des droits humains Siha, visent des citoyennes accusées de collaboration avec les Forces de soutien rapide (FSR) pour avoir simplement résidé dans des zones sous contrôle paramilitaire.
Des activités civiles assimilées à de la collaboration
Les motifs d'arrestation révélés par l'organisation Siha mettent en lumière une criminalisation des actes de survie quotidienne. Selon Hala al-Karib, directrice régionale de l'ONG, une grande partie des femmes détenues sont poursuivies pour des activités banales exercées sous l'occupation des FSR, telles que la vente de thé dans la rue ou la préparation de repas. Le cas de l'institutrice Kadamallah Abdel-Ghani, arrêtée pour avoir négocié l'accès à l'eau dans son quartier de Khartoum-Nord auprès des paramilitaires, illustre la confusion entretenue par les autorités entre nécessité vitale et soutien politique ou militaire.
Une géographie carcérale étendue
Les détentions ne se limitent pas à la capitale. Les femmes sont réparties dans plusieurs prisons à travers le pays, notamment à Omdurman, El-Obeid au Kordofan Nord, Kasala et Al-Qadarif. Ces lieux de privation de liberté accueillent ces citoyennes après la reprise de contrôle de leurs zones de résidence par l'armée soudanaise. Si la situation reste critique, l'organisation Siha note une différence majeure avec les zones sous contrôle des FSR : dans les prisons gouvernementales, les détenues bénéficient d'un accès à une aide juridique et à des visites, contrairement aux zones tenues par les paramilitaires où les femmes arrêtées pour des motifs similaires sont portées disparues.
Le poids des structures judiciaires historiques
Au-delà de la conjoncture militaire actuelle, les observateurs soulignent une tendance structurelle au Soudan. L'organisation Siha rappelle que le système judiciaire soudanais a historiquement criminalisé les femmes, faisant d'elles des cibles privilégiées dans les périodes de troubles. Cette pratique s'inscrit dans une dynamique où les populations civiles, et particulièrement les femmes, deviennent des dommages collatéraux systématiques des affrontements entre l'armée et les FSR. La persistance de ces arrestations soulève des inquiétudes majeures sur le respect des libertés publiques et la protection des civils dans un pays en proie à une guerre civile prolongée.