Réunis à Abuja lors du sommet « Empowering Her for Governance », experts en sécurité, décideurs et acteurs de la société civile ont réaffirmé que la stabilité du Nigeria ne peut reposer uniquement sur la force militaire. Les intervenants ont démontré que l'inclusion des femmes dans les sphères de décision politique et économique est une condition sine qua non pour garantir une paix durable et renforcer la légitimité de l'État.
Au-delà de la force : repenser la sécurité par l'inclusion
Le constat est sans appel : les approches purement sécuritaires, centrées sur le déploiement de troupes et la surveillance, peinent à résoudre les causes profondes de la violence. Selon les experts présents, la sécurité est indissociable de la justice, de l'opportunité économique et du sentiment d'appartenance. L'expérience du delta du Niger illustre cette nécessité : lorsque les populations locales, et particulièrement les femmes, sont marginalisées, le terreau de la frustration nourrit l'instabilité. L'inclusion n'est donc plus une simple question de genre, mais une stratégie nationale pour rendre la violence moins attractive et moins légitime.
Le rôle des femmes comme agents de transformation
Trop souvent cantonnées au rôle de victimes dans les discours officiels, les femmes doivent être reconnues comme des actrices essentielles de la prévention des conflits. Bien que représentant la moitié de la population nigériane, elles restent sous-représentées dans les instances législatives et les structures de commandement sécuritaire. Les intervenants ont souligné que cette sous-utilisation des talents féminins affaiblit la capacité de réponse du pays face aux menaces. Intégrer les femmes dans les systèmes d'alerte précoce et les processus de médiation locale permettrait de connecter les réalités du terrain aux stratégies de haut niveau.
Des recommandations pour une réforme structurelle
Le sommet a débouché sur des appels à l'action concrets adressés aux institutions nigérianes. Il est préconisé d'instaurer une budgétisation sensible au genre, mesurable et contraignante, plutôt que de se contenter de déclarations d'intention. Le pouvoir législatif est invité à faciliter une représentation accrue des femmes, tandis que les agences de sécurité doivent créer des voies d'accès réelles vers les postes de commandement stratégique. Enfin, le secteur privé est encouragé à appliquer des politiques d'inclusion dans l'emploi et la passation de marchés, afin de transformer l'inclusion en un levier de développement économique partagé.
Un enjeu de légitimité démocratique
La question centrale demeure la volonté politique de traduire ces réflexions en politiques publiques effectives. Pour les participants, la sécurité la plus robuste ne sera pas celle dotée des forces les plus puissantes, mais celle où chaque citoyen, homme ou femme, se sent partie prenante du projet national. L'enjeu est de passer d'une gestion des conséquences de la violence à une architecture de gouvernance inclusive, où l'appartenance à la nation devient le rempart le plus efficace contre l'instabilité.