Pourquoi le sort du Nigeria en 2027 dépendra davantage de Kaduna que de Lagos, Kano ou Rivers

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 26 lectures
Pourquoi le sort du Nigeria en 2027 dépendra davantage de Kaduna que de Lagos, Kano ou Rivers

Le président sortant Bola Tinubu mise sur le vote de l'État de Kaduna pour consolider sa candidature à la présidentielle de 2027. Ce territoire du Nord‑Ouest, à la fois petit en superficie et très diversifié, pourrait bien déterminer la légitimité de son second mandat, au détriment de bastions traditionnels comme Lagos ou Kano.

Le poids électoral de Kaduna dans le Nord‑Ouest

Avec plus de 4,3 million d'électeurs inscrits, Kaduna se classe troisième du bloc nord‑ouest après Kano et Katsina. Lors de l'élection présidentielle de 2023, le candidat du PDP, Atiku Abubakar, y a recueilli 554 360 voix, devançant Tinubu (399 293) et Peter Obi (294 494). Malgré la victoire de l'APC à la gouvernance de l'État, le résultat montre que le parti ne peut plus compter sur une marge de sécurité et doit gagner chaque circonscription pour espérer un total favorable au niveau national.

Une mosaïque ethnique et religieuse qui rend le scrutin imprévisible

Kaduna est souvent qualifiée de « mini‑Nigeria » : le nord majoritairement musulman côtoie un sud chrétien, tandis que plus de soixante groupes ethniques – Hausa‑Fulani, Bajju, Atyap, Ham, Gwong, entre autres – partagent le même espace électoral. Cette diversité oblige les candidats à composer des alliances locales, à nommer des représentants issus de minorités et à adapter leurs messages aux préoccupations spécifiques de chaque communauté. Le souvenir du ticket musulman‑musulman de 2023, qui avait pénalisé l'APC dans le Sud de Kaduna, reste encore présent dans les mémoires.

Sécurité et économie : deux leviers de la campagne

Les habitants de Kaduna jugent désormais la stabilité sécuritaire et le coût de la vie comme critères décisifs. Après des années de banditisme sur la route Kaduna‑Abuja, d'attaques contre les villages de Birnin Gwari et de perturbations du service ferroviaire, les autorités locales ont affiché une amélioration : routes plus sûres, reprise partielle de l'agriculture et trains à pleine capacité. Parallèlement, la suppression du subside pétrolier a fait grimper les prix du carburant et des produits de première nécessité, alimentant le mécontentement des électeurs urbains. Le président Tinubu devra donc conjuguer la mise en avant des projets d'infrastructure – notamment la route Abuja‑Kaduna‑Kano – avec des réponses concrètes aux pressions inflationnistes.

Influence des dirigeants locaux et des institutions religieuses

Le gouverneur Uba Sani, successeur d'El‑Rufai, a tenté de désamorcer les tensions en nommant des chrétiens et des minorités ethniques à son cabinet et en visitant les zones autrefois inaccessibles. Cette stratégie vise à présenter Kaduna comme un laboratoire de l'unité nationale sous le programme « Renewed Hope ». En parallèle, les chefs religieux – le Conseil des Imams, le Jama’atu Nasril Islam, les émirats traditionnels – diffusent leurs positions à travers le Nord, de Sokoto à Maiduguri. Leur soutien ou leur opposition peut rapidement façonner l'opinion publique et influencer le comportement des électeurs dans les zones rurales comme urbaines.

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