Le procès de Paul Makenzi, à l'origine d'une vague de décès dans la communauté de Shakahola, a abouti à une condamnation sans peine de mort, soulevant des questions sur la réponse judiciaire aux dérives sectaires au Kenya.
Le déroulement du jugement à la Cour de Mombasa
Le 31 mai 2024, Paul Makenzi s’est présenté devant la juge Diana Kavedza Mochache, au tribunal de Mombasa, pour répondre des accusations de meurtre et d’assistance à la mort. La séance, largement couverte par les médias nationaux, a permis aux procureurs de détailler les faits reprochés : la mise en place d’un régime de jeûne forcé et, selon certaines témoignages, des coups mortels infligés aux membres qui refusaient de se soumettre.
Des adeptes poussés à la mort par la faim et la violence
Les enquêteurs ont établi que le groupe dirigé par Makenzi imposait à ses fidèles, hommes, femmes et enfants, un jeûne prolongé menant à la mort par inanition. Les survivants ont déclaré que ceux qui ne succombaient pas à la famine étaient parfois frappés à mort par le chef ou par d’autres membres du culte. Les faits décrits relèvent d’une forme de meurtre collectif, avec un nombre de victimes estimé à plusieurs dizaines, bien que le chiffre exact n’ait pas été précisé dans le dossier public.
Pourquoi la peine capitale n’a pas été retenue
Le tribunal a finalement opté pour une peine d’emprisonnement ferme, sans prononcer la peine de mort. Les magistrats ont invoqué l’absence de jurisprudence claire pour appliquer la peine capitale dans ce type d’affaire, ainsi que les considérations relatives aux droits de l’homme et à la politique de moratoire de facto sur la peine de mort au Kenya. Cette décision reflète également la volonté de la justice kenyanne de privilégier des peines de réclusion qui permettent un suivi post‑condamnation et une éventuelle réparation des victimes.
Implications pour la lutte contre les dérives sectaires
Le verdict contre Makenzi met en lumière les défis que pose la surveillance des mouvements religieux extrémistes. Les autorités locales ont annoncé le renforcement des contrôles sur les organisations à caractère spirituel, afin d’éviter que d’autres groupes n’exercent un pouvoir coercitif sur leurs adhérents. Le cas de Shakahola rappelle la nécessité d’un cadre légal plus précis pour sanctionner les pratiques sectaires qui aboutissent à des atteintes graves à la vie et à la santé des individus.