Dix ans après l'accueil de son premier navire commercial, le port en eau profonde de Kribi, présenté comme le fer de lance de l'émergence camerounaise, figure parmi les quatre infrastructures portuaires les moins performantes au monde selon les classements de la Banque mondiale et de Global Market Intelligence.
Un classement fondé sur le temps de traitement des navires
Avec 800 milliards de FCFA d'investissements consentis, le port de Kribi occupe la 395e place sur 400 infrastructures évaluées dans le monde, selon le journaliste économique Albin Njilo. Le critère principal retenu par ces classements est le temps de traitement d'un navire à quai, indicateur direct de la fluidité opérationnelle d'un port. Or, malgré un tirant d'eau de 16 mètres — le plus important d'Afrique centrale —, permettant l'accueil de grands navires, l'infrastructure n'a jamais réussi à capter les exportations du Tchad et de la République centrafricaine, deux pays enclavés voisins.
Un complexe industrialo-portuaire resté à l'état de promesse
Le projet initial, défendu par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, envisageait la création d'un vaste complexe industrialo-portuaire. Plus de quinze ans après la pose de la première pierre, le site ne compte qu'une dizaine d'entreprises, selon le journaliste. Cette frilosité des industriels limite les volumes manutentionnés et, par conséquent, la rentabilité de l'outil portuaire.
Une dette publique au cœur de la controverse
La construction de l'autoroute reliant le port de Kribi au futur terminal minier de Lolabé a également été financée par la dette publique. Or, souligne Albin Njilo, Kribi n'est toujours pas reliée à Douala par une route véritablement praticable, ce qui entrave la logistique vers le principal hub commercial du pays. À l'époque, Christian Penda Ekoka, conseiller économique du président, déconseillait de concentrer autant d'investissements sur Kribi et préconisait un développement combiné avec le port de Limbé. Une option non retenue par les autorités.
Un enjeu de crédibilité pour la stratégie portuaire camerounaise
Le contraste entre l'ambition initiale et les résultats obtenus pose une question de fond pour la stratégie d'infrastructures du Cameroun. La performance opérationnelle, et non la seule capacité technique, demeure le critère déterminant dans la compétitivité portuaire mondiale, où les armateurs arbitrent en fonction de la fiabilité et de la rapidité du service.