Le romancier canado-haïtien Thélyson Orélien est au cœur d'une controverse après des accusations anonymes affirmant que son dernier ouvrage, C’était ça ou mourir, aurait été rédigé par une intelligence artificielle. Face à ces allégations, l'auteur et ses maisons d'édition rejettent fermement ces soupçons, tout en mettant en lumière les failles méthodologiques des outils de détection utilisés pour alimenter cette polémique.
Une défense structurée face aux accusations
L'affaire a débuté le 21 septembre via un compte anonyme sur le réseau social X, s'appuyant sur le logiciel américain Pangram pour affirmer que le roman serait « presque intégralement » généré par une machine. Thélyson Orélien a immédiatement réfuté ces propos, se disant serein et engagé dans la constitution d'un dossier probatoire avec ses éditeurs, Grasset et Boréal, pour démontrer l'antériorité et l'authenticité de son travail d'écriture. Les deux maisons d'édition ont exprimé leur soutien total à l'auteur, dénonçant des attaques malveillantes.
La fragilité technique des détecteurs d'IA
La crédibilité des outils de détection est au centre du débat. Des tests réalisés par l'AFP sur huit logiciels différents ont produit des résultats contradictoires, confirmant l'absence de fiabilité absolue de ces technologies. Le logiciel Pangram, utilisé par les accusateurs, a notamment été pris en défaut par l'écrivain Baptiste Baulieu, qui a démontré que le poème Demain dès l'aube de Victor Hugo était, selon cet outil, le produit d'une intelligence artificielle. Ces logiciels, basés sur des probabilités, peinent à distinguer une écriture singulière d'une génération automatique.
Biais culturels et enjeux de société
Au-delà de la technique, cette affaire soulève des questions sur les biais inhérents aux outils numériques. Une étude de l'université de Stanford a mis en évidence une préférence marquée de ces logiciels pour la langue anglaise, rendant les analyses moins précises pour les autres langues. Philippe Claudel, président de l'académie Goncourt, a appelé à la prudence, s'interrogeant sur le timing et la nature de ces accusations visant un auteur noir, francophone et étranger. Pour le milieu littéraire, ce cas illustre la nécessité d'une approche critique face à des outils dont la fiabilité est loin d'être établie, et qui pourraient être instrumentalisés dans un contexte de tensions sociales exacerbées.