Le secteur des hydrocarbures au Sénégal est au cœur d'une vive controverse opposant l'ancien directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, au gouvernement actuel. Au centre des débats, la signature d'un protocole d'études avec le groupe italien Eni concernant le bloc SN07M, identifié par l'ex-dirigeant comme étant le gisement Yakaar-Teranga, dont la valeur stratégique et technique est déjà largement documentée.
Un gisement à la valeur technique déjà établie
Alioune Gueye conteste la pertinence de ce nouveau protocole, arguant que le bloc Yakaar-Teranga a bénéficié d'années d'études sismiques et de rapports d'ingénierie financés par l'État sénégalais. Selon lui, le recours à un partenaire étranger pour des études préliminaires sur une zone déjà explorée avec des acteurs internationaux comme TPAO ou Subsea 7 soulève des questions sur la stratégie d'exploitation nationale. Il souligne que le bloc avait été récupéré auprès de Kosmos en avril 2026 sans compensation financière, une étape qui aurait dû, selon lui, ouvrir la voie à une exploitation directe par Petrosen.
Le contentieux financier sur la gestion passée
Cette sortie publique s'inscrit dans un climat de défiance marqué par les accusations du Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô. Ce dernier a récemment pointé un « manquement grave » lié au retrait de Kosmos, évaluant à 55 millions de dollars une perte financière pour l'État. Alioune Gueye rejette fermement ces allégations, précisant que ce montant correspondait à un engagement de dépenses prévu par décret et non à une créance exigible. Il affirme que plus de 300 millions de dollars ont été investis sur le bloc, réfutant toute gestion défaillante durant son mandat.
La stratégie d'ouverture des blocs pétroliers
La controverse met en lumière les divergences sur la gestion des ressources naturelles du pays. Alors que le gouvernement actuel critique régulièrement les contrats signés sous l'ère Macky Sall, Alioune Gueye retourne l'accusation, pointant une contradiction entre le discours officiel sur la souveraineté et la signature de nouveaux protocoles avec des multinationales. De son côté, le ministère de l'Énergie et du Pétrole précise que le protocole avec Eni porte sur une phase d'études préliminaires et ne constitue ni une attribution de titre d'exploration, ni un contrat pétrolier définitif. Le Sénégal, qui a récemment ouvert plus d'une centaine de zones à l'investissement international sur un total de 113 blocs recensés, cherche désormais à équilibrer attractivité pour les investisseurs et contrôle national sur ses actifs stratégiques.