Une procédure judiciaire d'envergure internationale a été lancée le 9 septembre devant le tribunal d'Amsterdam, siège européen d'Uber. Près de 241 000 chauffeurs britanniques et européens contestent les mécanismes algorithmiques de la plateforme, qu'ils accusent de manipuler leurs revenus au détriment de leur rémunération réelle.
Le soupçon d'une tarification personnalisée
Le cœur du litige repose sur le système de tarification dynamique déployé par Uber, notamment au Royaume-Uni depuis 2023. Les plaignants, soutenus par l'organisation Worker Info Exchange, dénoncent une gestion opaque des données où l'algorithme ajusterait les tarifs en fonction du profil individuel du conducteur. Selon les témoignages recueillis, des écarts de rémunération significatifs ont été observés pour des trajets identiques, suggérant que le système identifierait le seuil minimal d'acceptation de chaque chauffeur pour optimiser les marges de l'entreprise au détriment des travailleurs.
Une violation présumée du RGPD
L'action en justice s'appuie sur le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Les chauffeurs soutiennent que le profilage automatisé et l'utilisation de leurs données personnelles pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle de la plateforme contreviennent aux normes européennes. Les plaignants estiment que ces pratiques ont engendré une perte de revenus annuelle moyenne d'environ 5 000 livres sterling par conducteur. Au-delà des dommages et intérêts réclamés, ils exigent une transparence totale sur les processus décisionnels automatisés qui régissent leur activité quotidienne.
La défense d'Uber face aux études indépendantes
De son côté, Uber rejette catégoriquement ces allégations. La direction affirme que ses algorithmes se concentrent exclusivement sur des variables objectives en temps réel, telles que la durée du trajet, la distance et la destination, niant toute exploitation de l'historique d'acceptation des courses. L'entreprise soutient que ce modèle permet une meilleure répartition des gains sur les trajets moins attractifs. Cette position se heurte toutefois aux conclusions d'une étude menée par l'université d'Oxford en 2025, qui avait mis en évidence une corrélation entre l'introduction de cette tarification dynamique et une baisse marquée des revenus des chauffeurs, un constat que la plateforme continue de contester formellement.