Plus de 200 autrices, parmi lesquelles figurent des figures majeures de la littérature contemporaine comme Annie Ernaux et Virginie Despentes, ont signé une tribune dénonçant le caractère patriarcal des grands prix littéraires de 2026. Ce collectif pointe du doigt une « invisibilisation » systématique des femmes dans les palmarès, soulignant que cette dynamique entrave non seulement la reconnaissance de la diversité littéraire, mais fragilise également la situation matérielle des écrivaines.
Un système jugé patriarcal
Les signataires qualifient le fonctionnement actuel des jurys d'« entre-soi patriarcal ». Cette critique intervient dans le sillage de l'annonce des cinq prix majeurs de la rentrée littéraire française, où les lauréats — Philippe Jaenada (Goncourt), François-Henri Désérable (Renaudot), Yannick Haenel (Femina), Philippe Vasset (Médicis) et Sébastien Lapaque (Grand prix de l'Académie française) — sont exclusivement des hommes. Pour les autrices, ce résultat n'est pas le fruit du hasard, mais le symptôme d'une structure qui exclut durablement les voix féminines.
L'enjeu de la stabilité économique
Au-delà de la question symbolique, la tribune met en lumière une réalité économique concrète. Les prix littéraires constituent des leviers essentiels pour assurer la « tranquillité matérielle » des auteurs, leur permettant de se consacrer pleinement à leur travail de création. En écartant les femmes de ces distinctions, le système prive les autrices des ressources nécessaires pour poursuivre leur œuvre, créant ainsi une inégalité de traitement qui freine leur carrière sur le long terme.
Appel à une nouvelle dynamique de lecture
Face à ce constat, le collectif appelle à une prise de conscience collective pour briser ces logiques d'exclusion. Les autrices exhortent le public et les professionnels du livre à « dépasser l'effet bandeau » des prix et à accorder une confiance accrue aux libraires, qui jouent un rôle clé dans la promotion d'une littérature plus diversifiée. L'objectif est de soutenir des écritures jugées « nécessaires et importantes » qui, bien qu'absentes des palmarès officiels, continuent de faire vivre la création littéraire contemporaine.