Plateau : l’or noir des mineurs se transforme en piège mortel entre effondrements et attaques armées

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 81 lectures
Plateau : l’or noir des mineurs se transforme en piège mortel entre effondrements et attaques armées

Depuis janvier 2026, plus de 40 mineurs ont péri dans des effondrements ou des attaques armées au Plateau, révélant l’échec des régulations et l’urgence d’une réforme structurelle.

Des pits instables et des groupes armés : le double piège des mineurs

Le 12 août 2026, sept mineurs ont été ensevelis sous les décombres d’un pit à Kassa, dans la zone de Barkin Ladi, après l’effondrement soudain de la galerie. Les survivants décrivent une scène de chaos : alertes tardives, tentatives désespérées de sauvetage, et un bilan final de sept morts. Mais ce drame n’est que le dernier d’une série macabre. Six semaines plus tôt, trois personnes étaient tuées par des assaillants armés sur le site de Nyango/Gyere, tandis que cinq autres périssaient dans une attaque similaire à Gero Village. En janvier, sept mineurs étaient abattus sur un site illégal de Kuru, confirmant que l’insécurité et la précarité des infrastructures minières forment un cocktail mortel.

Pour des milliers de familles du Plateau, l’exploitation minière reste pourtant une bouée de sauvetage. Dans des zones comme Bassa, Jos South ou Wase, où l’emploi formel est rare, les pits artisanaux emploient des milliers de jeunes, souvent sans équipement de sécurité ni formation. « On connaît les risques, mais il faut survivre », confie Peter Jerry Fulus, mineur depuis dix ans. La promesse d’une pépite d’émeraude ou de columbite justifie les risques, malgré les effondrements fréquents et les attaques nocturnes.

L’or noir du Plateau : une richesse empoisonnée

Le Plateau regorge de minerais : étain, columbite, tantalite, wolfram, kaolin, mais aussi des pierres précieuses comme l’émeraude ou le zircon. Pourtant, cette richesse historique se transforme en fardeau. Les pits abandonnés, creusés sans normes, deviennent des pièges mortels pour les enfants et les passants. Jude Ajang, géologue, alerte sur les « étangs miniers » laissés à l’abandon, remplis d’eau stagnante et situés à proximité des habitations. « Les corps sont parfois retrouvés des jours plus tard », témoigne-t-il. Les pluies torrentielles aggravent la situation en fragilisant les sols, tandis que les mineurs illégaux, actifs la nuit pour échapper aux contrôles, creusent sans précaution.

Le gouverneur Caleb Mutfwang a pointé du doigt les conséquences systémiques de cette exploitation anarchique : déscolarisation massive, travail des enfants et insécurité. Dans des localités comme Bassa ou Riyom, des salles de classe se vident au profit des pits, où les jeunes gagnent « de l’argent rapide ». Une enquête gouvernementale a révélé des cas de parents envoyant leurs enfants travailler dans les mines, malgré les risques.

L’État tente de reprendre le contrôle, mais les défis persistent

Face à l’urgence, le gouvernement du Plateau a frappé fort en février 2025 en suspendant toutes les activités minières via l’Executive Order 001. Objectif : démanteler les réseaux illégaux, lutter contre le travail des enfants et restaurer l’ordre dans un secteur miné par la corruption et l’impunité. Un comité technique a été créé pour réformer le secteur, et en mai 2025, 159 entreprises ont été autorisées à reprendre leurs activités après un audit. Pourtant, l’application des mesures reste inégale. Les mines illégales de nuit continuent, alimentant un marché noir florissant et exposant les mineurs à des dangers accrus.

Joyce Ramnap, commissaire à l’Information, insiste sur la nécessité de concilier sécurité et développement. « Le secteur doit être assaini pour éviter que la richesse minérale ne se transforme en tragédie humaine », déclare-t-elle. Mais pour des mineurs comme Joseph Nyam, la réalité est cruelle : « On prie pour que Dieu nous protège, car l’État ne le fait pas. » Entre la survie immédiate et les promesses de réformes, le Plateau oscille entre deux futurs : celui d’une exploitation minière responsable ou celui d’un cimetière à ciel ouvert.

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