Pénurie de main-d’œuvre en Afrique du Sud après l’exode des migrants

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 21 lectures
Pénurie de main-d’œuvre en Afrique du Sud après l’exode des migrants

L’exode massif de milliers de travailleurs étrangers en Afrique du Sud, poussés par des violences xénophobes et des contrôles renforcés, plonge le pays dans une crise de main-d’œuvre sans précédent. Agriculture, industrie et services peinent à recruter, révélant une dépendance structurelle aux migrants.

Un vide brutal dans les secteurs clés

Dans les vergers de Robertson, à 150 km du Cap, les branches des agrumes ploient sous le poids des fruits, mais les propriétaires de fermes manquent cruellement de bras pour les récolter. La situation se répète dans les vignobles, où la taille des vignes, travail physique et exigeant, se heurte à l’absence de main-d’œuvre. Les vignobles et les vergers ne sont pas les seuls touchés : les usines de confection de Chatsworth, près de Durban, subissent aussi le départ de machinistes qualifiés en provenance du Malawi et du Mozambique. Les secteurs du bâtiment et du travail domestique, où les migrants occupent une place centrale, sont également en tension.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans la ceinture sucrière du KwaZulu-Natal, un agriculteur a perdu jusqu’à 80 % de ses coupeurs de canne en quelques jours. La production s’effondre, menaçant la survie des sucreries locales. Les employeurs locaux, souvent accusés de privilégier les migrants pour leur flexibilité et leur coût réduit, se retrouvent aujourd’hui confrontés à une réalité brutale : sans ces travailleurs, leurs activités sont paralysées.

Entre dépendance économique et tensions sociales

Les syndicats et groupes anti-migrants s’affrontent sur les causes de cette crise. Pour les premiers, les employeurs exploitent les travailleurs étrangers, les payant en dessous du salaire minimum et leur refusant toute protection juridique. Les seconds, eux, pointent du doigt la concurrence déloyale des clandestins, accusés de tirer les salaires vers le bas et de priver les Sud-Africains d’emplois. Avec un chômage officiel à près de 33 %, le débat est vif.

Face à cette situation, le gouvernement a adopté une politique de « priorité aux locaux », accélérant la délivrance de visas pour les entreprises employant majoritairement des Sud-Africains. Une mesure insuffisante pour certains secteurs, comme l’agriculture, où la main-d’œuvre locale refuse souvent des emplois jugés trop pénibles. Les employeurs réclament désormais un système de travailleurs saisonniers régulé, inspiré du modèle américain, pour pallier les pénuries sans recourir à l’illégalité.

Pourtant, la peur reste le principal moteur de l’exode. Depuis le début des violences xénophobes, quatre étrangers ont trouvé la mort, poussant plus de 160 000 personnes à quitter le pays en quelques semaines. Le Zimbabwe, première terre d’accueil, a vu affluer des milliers de ses ressortissants, majoritairement employés dans l’agriculture, le bâtiment ou les services domestiques. Beaucoup, comme Wayne Chimbadzwa Mutasa, un Zimbabwéen installé depuis 2014, ont été arrêtés lors de raids policiers avant de choisir le retour forcé. D’autres, comme Aaron Majatamhe, restent par nécessité, faute de moyens pour rentrer chez eux.

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