Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a formellement désavoué les récentes déclarations de ministres marocains concernant les enclaves de Sebta et Melilla, tout en dédouanant Rabat de toute responsabilité directe dans l'afflux massif de migrants survenu fin juillet. Cette prise de parole devant le Congrès des députés vise à clarifier la position de Madrid face aux tensions diplomatiques et aux enjeux migratoires qui secouent les relations bilatérales.
Désaveu diplomatique sur le statut des enclaves
Le chef de l'exécutif espagnol a qualifié d'« inacceptables » les propos attribués au ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, et au ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq. Ces derniers auraient respectivement évoqué les « droits historiques et géographiques » du Maroc sur les deux villes et appelé à un « jihad sacré » pour leur libération. En réponse, Madrid a officiellement convoqué l'ambassadrice du Maroc le 21 août pour notifier son rejet catégorique de ces positions, réaffirmant ainsi la souveraineté espagnole sur ces territoires.
Absence de preuves sur une implication étatique
Malgré la controverse, Pedro Sánchez a tenu à tempérer les accusations visant le royaume chérifien. Il a assuré qu'aucune institution espagnole, européenne ou internationale n'avait fourni de « preuves solides » attestant d'une planification par le Maroc de l'entrée massive de migrants les 30 et 31 juillet. Le dirigeant a également réfuté l'existence d'alertes exceptionnelles reçues par ses services avant le déclenchement de la crise, annonçant la publication prochaine des rapports officiels pour garantir la transparence auprès de l'opinion publique.
Révision des mécanismes de coopération
Si la responsabilité directe de Rabat est écartée, la gestion de la crise a mis en lumière des failles dans la coordination sécuritaire. Le président espagnol a reconnu que le renvoi des migrants n'aurait pu s'opérer sans la coopération des autorités marocaines, soulignant l'interdépendance des deux pays. En conséquence, Madrid prévoit une refonte des protocoles d'alerte et de coordination bilatérale, avec l'instauration de « garanties supplémentaires » pour prévenir de futurs incidents.
Lutte contre la désinformation
Au-delà des enjeux diplomatiques, Pedro Sánchez a pointé du doigt l'amplification artificielle de la crise sur les réseaux sociaux. Selon les données analysées par Madrid, des réseaux médiatiques étrangers ainsi que des groupes d'extrême droite, tant en Espagne qu'à l'international, auraient activement contribué à la diffusion de contenus trompeurs et d'images inexactes. Cette stratégie de désinformation a, selon le gouvernement, exacerbé le climat de tension autour de l'arrivée des 80 000 migrants, plaçant la question migratoire au cœur d'un débat politique espagnol particulièrement polarisé.