Le port de Mehdia, vitrine de la pêche artisanale marocaine, enregistre un recul alarmant de ses activités. À fin juin, les débarquements de produits côtiers et artisanaux ont chuté de 37 %, tandis que leur valeur marchande s’est effondrée de 54 %. Une crise qui interroge sur la santé des écosystèmes et la résilience des communautés locales.
Un déclin marqué à Mehdia, symptôme d’une pression accrue sur les ressources
Le port de Mehdia, situé dans le nord du Maroc, illustre les difficultés croissantes rencontrées par le secteur de la pêche artisanale. Les débarquements y ont reculé de 37 % en volume, passant de 9 664 tonnes à 5 965 tonnes entre les deux périodes comparées. Cette baisse s’accompagne d’une chute vertigineuse de la valeur marchande des captures, qui s’est contractée de 54 %, tombant à 29,313 millions de dirhams. Parmi les espèces les plus touchées, les céphalopodes subissent un effondrement de 89 %, tandis que les poissons pélagiques reculent de 35 %. Seuls les crustacés résistent, avec une hausse de 28 % de leurs débarquements.
Cette situation reflète une pression accrue sur les stocks halieutiques, probablement liée à une combinaison de facteurs : surpêche, changements climatiques affectant les écosystèmes marins, ou encore perturbations des courants migratoires des espèces. Les données nationales confirment cette tendance, avec une baisse de 6 % des débarquements côtiers et artisanaux à l’échelle du pays, malgré une légère progression de 2 % en valeur. Ces chiffres soulignent une dégradation structurelle du secteur, où la quantité diminue tandis que les prix unitaires augmentent, masquant partiellement la crise.
Quelles perspectives pour un secteur en tension ?
Face à ce déclin, les autorités et les acteurs du secteur doivent repenser leur approche. La baisse des débarquements à Mehdia, couplée à la chute des captures de céphalopodes et de poissons pélagiques, suggère un épuisement des ressources dans cette zone. Pourtant, la hausse des crustacés pourrait indiquer une adaptation des pratiques de pêche ou une migration des espèces vers d’autres habitats. Cette divergence invite à une analyse fine des dynamiques locales et des politiques de gestion.
À l’échelle nationale, la progression de 2 % de la valeur des débarquements, malgré la baisse des volumes, révèle une possible valorisation des produits restants. Cependant, cette amélioration reste fragile et dépendra de la capacité à inverser la tendance à long terme. Les solutions pourraient passer par un renforcement des quotas de pêche, une meilleure régulation des pratiques artisanales, ou encore des investissements dans la recherche halieutique pour mieux comprendre les impacts du changement climatique. Sans mesures ambitieuses, le secteur risque de s’enfoncer dans une crise durable, menaçant les moyens de subsistance de milliers de pêcheurs et l’équilibre des écosystèmes côtiers.