Patrimoine culturel au Burkina Faso : une thèse interroge la marginalisation des chefferies traditionnelles par le droit positif

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 21 lectures
Patrimoine culturel au Burkina Faso : une thèse interroge la marginalisation des chefferies traditionnelles par le droit positif

Bély Hermann Abdoul-Karim Niangao, directeur du patrimoine culturel au ministère burkinabè de la Culture, a obtenu le grade de docteur en histoire du droit et des institutions de l'université de Perpignan Via Domitia. Ses travaux de recherche analysent la place des chefferies traditionnelles dans la protection du patrimoine, soulignant une rupture historique entre les mécanismes endogènes et le droit positif actuel.

L'héritage colonial au cœur de la rupture juridique

La thèse, intitulée « De la sauvegarde du patrimoine culturel par les chefferies traditionnelles à la construction du droit du patrimoine culturel au Burkina Faso », pose une hypothèse centrale : le droit moderne burkinabè serait largement issu d'un héritage colonial ayant marginalisé les autorités coutumières. Historiquement, ces chefferies assuraient pourtant une gestion holistique du patrimoine, incluant non seulement les biens matériels, mais aussi les savoirs, pratiques et valeurs sociales. L'étude démontre que ces sociétés précoloniales disposaient de systèmes normatifs structurés, dont les chefs étaient les garants, avant que l'émergence du droit positif ne crée une déconnexion avec ces pratiques ancestrales.

Une approche holistique du patrimoine

Pour mener à bien cette recherche, l'impétrant a croisé l'histoire du droit, l'anthropologie juridique et le droit du patrimoine. Il insiste sur la nécessité de dépasser une vision purement monumentale du patrimoine pour adopter une conception plus large, fidèle aux réalités des communautés locales. Cette perspective permet de mieux comprendre comment les mécanismes de régulation coutumiers ont historiquement permis la transmission intergénérationnelle des éléments constitutifs de l'identité culturelle, bien au-delà des cadres législatifs importés.

Vers une meilleure intégration des normes endogènes

Au-delà de l'analyse historique, ce travail académique ambitionne d'alimenter les débats contemporains sur la gouvernance culturelle au Burkina Faso. Le nouveau docteur plaide pour une réévaluation du rôle des chefferies traditionnelles dans les politiques publiques de sauvegarde. Il suggère que l'identification et la documentation des normes coutumières pourraient enrichir le droit contemporain et renforcer l'efficacité des dispositifs de protection. Cette réflexion s'inscrit dans une dynamique plus vaste, portée notamment par l'Union africaine, visant à harmoniser les cadres juridiques nationaux avec les réalités historiques et culturelles du continent.

Défis de la recherche et perspectives

La réalisation de cette thèse, menée en parallèle d'une carrière professionnelle de quinze ans, a été marquée par des contraintes logistiques et documentaires. Malgré ces obstacles, le travail a été salué par le jury pour sa qualité scientifique. En encourageant la publication de ces recherches, les experts soulignent l'importance de cette contribution pour la réflexion sur l'articulation entre droit positif et institutions traditionnelles, un enjeu majeur pour la souveraineté culturelle et la gestion du patrimoine en Afrique.

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