Une médiation politique et spirituelle pour panser une crise vieille de près de quatre-vingts ans. L’ancien président béninois Patrice Talon a pris les rênes d’un processus historique visant à réunifier l’Église du Christianisme Céleste (ECC), déchirée depuis des décennies par des conflits de succession et des divisions internes. Une initiative qui dépasse le cadre confessionnel pour s’inscrire dans une démarche de cohésion sociale et de préservation d’un patrimoine spirituel africain.
Un héritage spirituel miné par des querelles de succession
Fondée en 1947 au Bénin par le prophète Samuel Biléhou Joseph Oshoffa, l’Église du Christianisme Céleste s’est progressivement fragmentée après la mort de son fondateur. Deux sièges principaux se sont opposés : le Saint-Siège de Porto-Novo au Bénin et celui d’Imèko au Nigeria. Ces divisions, alimentées par des rivalités locales et des enjeux de pouvoir, ont ébranlé la cohésion d’une communauté présente dans plusieurs pays, du continent africain aux diasporas européennes et américaines.
Un processus méthodique, mais semé d’embûches
L’État béninois, conscient de l’impact de cette crise sur la paix sociale, a engagé une médiation en 2025 avec la création d’un Conseil supérieur de transition (CST). Composé de 15 membres issus des factions rivales, dont les Révérends Bennett Adéogun et Friday Oshoffa, ce conseil a œuvré pendant un an pour élaborer une Constitution unifiée, un Règlement intérieur et harmoniser les pratiques liturgiques. Un rapport final a été remis en avril 2026, ouvrant la voie à un Conseil supérieur de mise en œuvre (CSM) de 34 membres chargé de concrétiser ces réformes. Patrice Talon a multiplié les démarches de terrain, comme sa visite au domicile du Révérend Adéogun en juillet 2026, pour renforcer l’adhésion au processus.
Des résistances persistantes et des enjeux régionaux
Malgré ces avancées, des obstacles majeurs subsistent. Certains dirigeants, notamment au Nigeria, en Côte d’Ivoire ou au Togo, expriment des réticences, craignant une perte de leurs prérogatives institutionnelles ou financières. Le Révérend Friday Oshoffa a même demandé un report de la dernière étape, illustrant les tensions persistantes. Face à ces défis, les autorités béninoises envisagent un projet de loi spécifique sur le statut des associations religieuses, bien que celui-ci ne s’appliquerait qu’à l’Église du Bénin, laissant les autres pays en dehors de ce cadre juridique.
Trois motivations pour une mission ambitieuse
Patrice Talon a justifié son engagement par trois raisons principales. D’abord, son devoir républicain : en tant qu’ancien président, il estimait de sa responsabilité de protéger les citoyens des conflits religieux. Ensuite, sa foi personnelle : chrétien céleste de cœur, il a vu dans cette médiation un devoir spirituel. Enfin, une fierté identitaire : né au Bénin, il considère l’ECC comme un patrimoine spirituel africain, un « don de Dieu » à préserver et à rayonner à l’échelle mondiale. Une vision qui dépasse le cadre national pour s’inscrire dans une ambition panafricaine.