Le bitume se fissure, les promesses s’effritent.
À Kampala, les autoroutes promises deviennent des cauchemars bureaucratiques. Quatre hauts responsables du ministère des Travaux publics viennent d’être écartés, une mesure qui sonne comme un aveu d’échec. Le président Yoweri Museveni, lui-même, a lancé l’alerte : « Les retards coûtent cher – en temps et en argent. » Mais les routes, elles, attendent toujours.
Qui paiera le prix des lenteurs ? Le ministère des Travaux publics est sous le feu des critiques depuis des années. Les budgets explosent, les chantiers s’éternisent, et la qualité laisse à désirer. Les Ougandais en ont assez des nids-de-poule qui dévorent les pneus, des embouteillages qui transforment les trajets en calvaire, et des promesses de modernisation qui se réduisent à des promesses creuses.
Parmi les dossiers les plus explosifs : l’autoroute Busega-Mpigi, ce tronçon de 23,7 kilomètres censé désenclaver l’axe Kampala-Mpigi. Stratégique ? Oui. Réalisé ? Non. Les retards s’accumulent – problèmes de financement, évaluations de terrains interminables, et une Banque africaine de développement qui observe, impuissante, l’inaction. « Où est l’urgence ? » se demandent les riverains, coincés dans des bouchons qui durent des heures.
Un signal politique, mais suffira-t-il ? Le limogeage des responsables n’est pas qu’une mesure administrative. C’est un coup de semonce du pouvoir à une élite technocratique jugée inefficace. Museveni, qui gouverne l’Ouganda d’une main de fer depuis 1986, n’a jamais toléré l’échec en public. Aujourd’hui, il impose une remise en ordre – mais le doute persiste.
Car derrière les chiffres des budgets colossaux (des milliards de shillings injectés chaque année), se cache une réalité crue : les routes se dégradent, les promesses se renvoient, et les citoyens, eux, paient le prix fort. « Combien de temps encore devrons-nous subir ces chantiers fantômes ? » s’interroge un chauffeur de taxi de Kampala, les yeux cernés par la poussière et l’essence gaspillée.
Le vrai défi : passer des mots aux actes Les purges administratives ne suffisent pas. Il faudrait des contrôles indépendants, des délais contraignants, et une transparence totale sur l’utilisation des fonds. Sans cela, les Ougandais continueront de maudire leurs routes, ces autoroutes qui devraient les relier… mais les laissent souvent bloqués.
Alors, cette fois, Museveni tiendra sa promesse ? Ou l’Ouganda restera-t-il ce pays où les promesses se font en bitume, mais où le bitume se fait attendre ?
Réponse dans les mois à venir.