L'Ouganda prend une position solitaire en Afrique de l'Est en annonçant le maintien de ses troupes en Somalie, alors que les États-Unis retirent leur soutien financier à la mission onusienne de stabilisation. Une décision qui interroge sur les motivations de Kampala et les risques pour la lutte antiterroriste dans une région sous tension.
Les faits essentiels
Les États-Unis ont décidé de ne pas renouveler leur financement au Bureau des Nations unies en Somalie, privant ainsi la mission de stabilisation de l'Union africaine (AUSSOM) de ressources essentielles. Cette mission, qui dépendait jusqu’ici de ce soutien, devrait cesser ses activités fin 2026, mettant fin à plus de trente ans de présence internationale dans le pays. Pourtant, l’Ouganda, l’un des six pays contributeurs de troupes à l’AUSSOM, a annoncé son intention de maintenir ses forces en Somalie malgré ce retrait.
Pourquoi c'est important
La décision américaine fragilise une opération déjà sous pression, alors que les Shebab, groupe jihadiste contrôlant de vastes zones du sud et du centre de la Somalie, continuent de menacer la stabilité régionale. L’AUSSOM jouait un rôle clé dans la lutte contre ces groupes armés, et son retrait pourrait ouvrir des brèches exploitables par les insurgés. Dans ce contexte, la position de l’Ouganda devient stratégique : son engagement militaire prolongé pourrait compenser partiellement l’affaiblissement de la mission onusienne, mais soulève des questions sur sa capacité à assumer seul ce fardeau.
Cette initiative s’inscrit également dans une dynamique plus large de prise d’autonomie des pays africains face aux retraits des puissances extérieures. Elle pourrait inspirer d’autres États à renforcer leur présence militaire en Somalie, ou au contraire, les inciter à revoir leurs engagements en fonction des risques accrus.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments restent à clarifier dans les prochains mois. D’abord, l’Ouganda devra préciser les modalités de son engagement prolongé : nombre de troupes, durée exacte, et sources de financement alternatives. Ensuite, la réaction des autres pays contributeurs à l’AUSSOM sera déterminante : suivront-ils l’exemple de Kampala ou opteront-ils pour un retrait progressif ?
Enfin, l’évolution de la situation sécuritaire en Somalie sera un indicateur clé. Une recrudescence des attaques des Shebab pourrait soit justifier l’engagement ougandais, soit le rendre insuffisant face à l’ampleur de la menace. Les prochaines élections en Somalie, prévues dans un contexte déjà instable, pourraient également influencer la stratégie des acteurs régionaux.