Le Sénégal a officiellement lancé, lundi, la phase opérationnelle de son programme nucléaire civil. Lors de l'ouverture d'un atelier national dédié, le ministre de l'Énergie et du Pétrole, Dr Abdourahmane Diouf, a affiché une détermination sans faille : après des années de réflexion, le pays passe à l'exécution.
Une ambition ancrée dans l'agenda « Sénégal 2050 »
« La décision politique est prise. Notre responsabilité est désormais d'organiser sa mise en œuvre avec méthode, rigueur et responsabilité », a martelé le ministre devant les représentants de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), des délégations du Kenya et de la Pologne, ainsi que de nombreux responsables nationaux. Cette énergie s'inscrit dans la stratégie nationale « Sénégal 2050 », dont les objectifs incluent l'accès universel à l'électricité, l'industrialisation du pays et la transformation locale des ressources.
Les réacteurs modulaires au cœur de la stratégie
Le choix du Sénégal se porte sur les petits réacteurs modulaires (SMR), adaptés aux réseaux de taille intermédiaire. Catherine Diop, directrice de la transition énergétique, a détaillé leur potentiel : trois SMR de 300 MW chacun pourraient couvrir environ 20 % des besoins nationaux d'ici 2050, pour un coût estimé entre 60 et 100 dollars le mégawattheure, soit 36 à 60 francs CFA le kilowattheure. Une compétitivité associée à une empreinte carbone minimale et une densité énergétique élevée.
Un contexte démographique et économique imposant cette voie
Cette orientation répond à des projections sans appel. Avec 19,6 millions d'habitants en 2026, une population appelée à doubler d'ici 2050 et une croissance du PIB de 6,7 % en 2025, la demande électrique devrait passer de 384 kWh par habitant actuellement à une fourchette de 35 à 55 térawattheures annuels dans vingt-cinq ans. « Le nucléaire n'est pas une alternative au gaz ou au renouvelable. Il deviendra l'un des piliers complémentaires d'un système énergétique durable », a précisé le ministre.
Transparence, sûreté et partenariats internationaux
Dr Abdourahmane Diouf a insisté sur l'association des citoyens, universités, société civile, secteur privé et médias à chaque étape. La sûreté, la sécurité nucléaire, la protection radiologique et la non-prolifération constituent des principes non négociables. Le pays a déjà ratifié les conventions internationales majeures, notamment le Traité de non-prolifération, tout en complétant certaines adhésions. L'appui de l'AIEA et de partenaires comme la Banque mondiale sera déterminant. De Kenya et la Pologne, pays respectivement aux phases 2 et 3 de leurs programmes, le Sénégal compte s'inspirer tout en construisant un modèle adapté à ses réalités.