La visite du vice-président exécutif de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, en Nouvelle-Calédonie, met en lumière les défis structurels de la filière nickel. Alors que l'archipel cherche à stabiliser ses trois usines métallurgiques en grande difficulté, ce futur partenariat avec l'Union européenne soulève des questions sur le financement et la souveraineté industrielle du territoire.
Une filière sous perfusion publique
Le secteur du nickel calédonien traverse une crise profonde, marquée par une chute drastique de sa contribution à la valeur ajoutée locale, passée de 9 % en 2023 à 3,4 % en 2025. Pour éviter l'effondrement, l'État français a dû intervenir massivement. La Société Le Nickel (SLN) a bénéficié de 730 millions d'euros de financements directs depuis 2023, tandis que Prony Resources a reçu 640 millions d'euros de prêts publics depuis 2021. Parallèlement, l'État renforce son poids au sein d'Eramet, actionnaire majoritaire de la SLN, devenant son premier actionnaire, une manœuvre qui interroge sur la future stratégie industrielle du groupe.
L'incertitude du protocole européen
Le protocole d'accord qui doit être signé avec l'Union européenne est perçu avec prudence par les acteurs locaux. Si le directeur général de la SLN, Guillaume Kurek, y voit une opportunité de valoriser le potentiel minier calédonien, les responsables politiques locaux rappellent que ce texte n'offre aucune garantie financière immédiate. Alcide Ponga, membre du gouvernement calédonien, précise que cet accord ne vise ni à recapitaliser les usines, ni à éponger les pertes d'exploitation, mais constitue avant tout un cadre de travail pour attirer de futurs investisseurs.
Souveraineté et enjeux géopolitiques
La question du financement se heurte à des impératifs géopolitiques, notamment concernant l'entrée potentielle de capitaux chinois dans le capital de Koniambo Nickel SAS (KNS), à l'arrêt depuis 2024. Le président Emmanuel Macron a exprimé son opposition à une telle implication, une position qui cristallise les tensions avec les indépendantistes. Emmanuel Tjibaou dénonce une concentration des pouvoirs entre les mains de l'État, qui agit simultanément comme prêteur, actionnaire et stratège, au détriment du contrôle local sur une ressource considérée comme le patrimoine des Calédoniens. Dans ce contexte, la concurrence de l'Indonésie, portée par des investissements massifs, continue de peser lourdement sur la compétitivité de l'archipel.