Six figures du mouvement indépendantiste kanak, dont Christian Tein, ont engagé des poursuites judiciaires contre quatre anciens membres du gouvernement français. Ils contestent les conditions de leur transfert et de leur incarcération en métropole, survenus dans le sillage des émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie.
Une plainte déposée devant la Cour de justice de la République
La plainte, déposée le 31 août, vise directement Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Éric Dupond-Moretti et Sébastien Lecornu, qui occupaient respectivement les postes de Premier ministre, ministre de l'Intérieur, ministre de la Justice et ministre des Armées au moment des faits. Les plaignants, parmi lesquels figurent également Frédérique Muliava, Dimitri Qenegei, Guillaume Vama, Erwan Waetheane et Brenda Wanabo, sollicitent l'ouverture d'une enquête pour des chefs d'accusation graves : « actes arbitraires attentatoires à la liberté individuelle », « abus d’autorité aggravé » et « association de malfaiteurs ».
La thèse d'une manœuvre politique
Au cœur de la démarche des militants kanak réside la conviction que leur transfert vers la métropole n'a pas répondu à une nécessité judiciaire immédiate, mais à une stratégie politique. Selon les plaignants, cette opération aurait été planifiée dès la réunion interministérielle du 16 mai 2024, soit avant toute décision formelle des juges d'instruction ou du juge des libertés et de la détention basés à Nouméa. Pour les avocats des militants, cette procédure devant la Cour de justice de la République — seule instance habilitée à juger les ministres pour des actes commis dans l'exercice de leurs fonctions — est une étape indispensable pour établir la responsabilité des autorités françaises dans ce qu'ils qualifient de dérive autoritaire.
Un contexte judiciaire apaisé mais tendu
Cette offensive judiciaire intervient dans un climat marqué par une décision récente des juges d'instruction parisiens, qui ont ordonné un non-lieu général en faveur des 14 membres de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT). Ces derniers étaient initialement accusés d'avoir orchestré les violences qui ont secoué l'archipel à partir de mai 2024, lors de la crise liée à la réforme du corps électoral. Ces événements avaient causé la mort de 14 personnes, dont deux gendarmes, et fait des centaines de blessés, laissant des traces profondes au sein de la société calédonienne.