Un mémoire accablant dénonce des pratiques de harcèlement et d’autoritarisme au sein du National Institute for Policy and Strategic Studies (NIPSS), l’institut nigérian chargé de former les futurs dirigeants du pays. L’auteur, Yushau A. Shuaib, y décrit des méthodes humiliantes et des abus de pouvoir qui sapent la crédibilité de cette institution phare.
Un parcours semé d’humiliations et de pressions
Yushau A. Shuaib, professionnel des relations publiques et éditeur de PRNigeria, relate dans son livre MNI Versus MNIPR in NIPSS: Tackling Institutional Bullying son expérience au sein du Senior Executive Course 47 du NIPSS. Après avoir payé une formation de 18,5 millions de nairas, il s’attendait à un environnement propice à l’échange intellectuel. Pourtant, son séjour a rapidement viré au cauchemar : intimidations, humiliations publiques et pressions disciplinaires disproportionnées.
Le point de rupture survient après la publication d’un article sur la transformation numérique du NIPSS. Bien qu’il affirme n’avoir ni écrit ni validé ce texte, Shuaib est convoqué devant un officier supérieur, le rear admiral AA Mustapha, et sommé de rester debout pendant un interrogatoire. Une scène qui, selon lui, relève davantage de la caserne que de l’institut de formation des élites.
Un système où la conformité prime sur la pensée critique
Les allégations de Shuaib révèlent un fonctionnement institutionnel où l’autorité est exercée comme une arme. Après avoir reçu un premier avertissement formel jugé insuffisamment « repentant », il est contraint de reformuler sa réponse selon un style imposé par le NIPSS. Une démarche qui, selon lui, s’apparente à une soumission aveugle aux directives arbitraires.
Les dysfonctionnements ne s’arrêtent pas là. Shuaib évoque une procédure disciplinaire où il n’a même pas pu s’exprimer avant de se voir infliger un « dernier avertissement » – sans avoir reçu de mise en garde préalable. Pire, il affirme que des responsables du NIPSS auraient accédé illégalement à ses emails privés, y compris des correspondances éditoriales confidentielles de PRNigeria, pour les utiliser à son encontre. Une violation qui, si elle est avérée, pourrait constituer un délit pénal au regard des lois nigérianes sur la protection des données.
L’ombre portée d’un autoritarisme militaire dans un espace civil
Le rear admiral Mustapha incarne, selon Shuaib, une culture de domination où l’uniforme militaire se transforme en outil d’intimidation. Des épisodes comme l’interdiction faite à un secrétaire permanent de discuter informellement avec les participants lors d’une visite à Abuja, ou les insultes envers un participant âgé ayant osé critiquer le comportement du personnel, illustrent une dérive autoritaire incompatible avec la mission du NIPSS.
Ces pratiques soulèvent une question fondamentale : un officier militaire peut-il légitimement traiter des professionnels civils expérimentés – souvent des hauts fonctionnaires ou des chefs d’entreprise – comme des recrues en formation ? Pour Shuaib, la réponse est non. La discipline, pilier de l’institution, ne doit pas se muer en humiliation systématique.
Une institution en crise de légitimité
Les révélations de Shuaib, étayées par d’autres témoignages comme celui du Dr. Samuel Osime (lui-même sanctionné pour avoir salué un gouverneur), peignent le portrait d’un NIPSS où la pensée critique est étouffée au profit d’une obéissance aveugle. Certains participants comparent même l’obtention du titre MNI (Member of the National Institute) à l’adhésion à une secte, tant les exigences de conformité semblent déconnectées des principes de leadership démocratique.
Face à l’inaction des autorités nigérianes – la police et la Nigeria Data Protection Commission (NDPC) ayant ignoré ses plaintes –, Shuaib alerte sur un problème systémique. Le NIPSS, censé être le creuset des futures élites nigérianes, risque de devenir le symbole d’un système où le pouvoir prime sur le mérite. Une dérive aux conséquences potentiellement graves pour un pays en quête de dirigeants intègres et compétents.