Le Nigeria traverse une période de réformes structurelles majeures, marquées par la suppression des subventions aux carburants et l'unification du marché des changes. Si ces mesures ont permis de renforcer certains indicateurs macroéconomiques selon les institutions internationales, elles n'ont pas encore permis d'améliorer le quotidien des citoyens, confrontés à une inflation galopante et à une précarité croissante.
Prioriser l'approvisionnement local en brut
Pour atténuer le choc économique, une solution concrète consisterait à sanctuariser une part de la production nationale de pétrole brut, soit 450 000 barils par jour, pour alimenter exclusivement les raffineries locales, dont celle de Dangote. En effectuant ces transactions en nairas plutôt qu'en dollars, le pays pourrait s'affranchir de la volatilité du marché des changes et éliminer les coûts logistiques liés à l'importation de carburant raffiné. Cette mesure permettrait de stabiliser les prix à la pompe, le coût du brut représentant environ 80 à 85 % des dépenses de raffinage.
Le défi des engagements financiers de la NNPCL
La mise en œuvre de cette stratégie se heurte toutefois aux engagements financiers de la compagnie pétrolière nationale (NNPCL). Une partie importante de la production nigériane est actuellement gagée sur des prêts internationaux et des accords de vente à terme, tels que les projets Gazelle ou Eagle, qui mobilisent entre 200 000 et 270 000 barils par jour pour le service de la dette. Pour réussir cette transition, une restructuration urgente de ces dettes adossées au pétrole est nécessaire afin de libérer les volumes indispensables à la consommation intérieure.
Exploiter le potentiel des réserves inexploitées
Au-delà de la gestion des flux actuels, le Nigeria dispose d'un levier de croissance inexploité. Selon les données de la Commission de régulation du secteur pétrolier en amont (NUPRC), 65 % des champs découverts demeurent inactifs ou sous-développés, représentant plus de 3,5 milliards de barils de réserves. L'accélération du développement de ces gisements, dont plus de la moitié des réserves prouvées du pays reste inexploitée, constitue un enjeu stratégique pour accroître la production nationale et renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Un arbitrage politique nécessaire
Le débat central reste celui de la priorité économique : faut-il privilégier les recettes en devises étrangères ou le pouvoir d'achat des ménages ? Si la vente de brut en nairas réduit les revenus immédiats en dollars de l'État, elle agit comme un levier de stabilisation sociale. En intervenant directement pour ajuster le prix des produits pétroliers, le gouvernement pourrait transformer les gains macroéconomiques théoriques en une amélioration tangible des conditions de vie, évitant ainsi d'attendre des effets de percolation à long terme qui tardent à se matérialiser pour la population.