Face à la récurrence des délits liés à la consommation de substances psychoactives, le Nigeria est appelé à transformer son approche pénale. Le professeur Daniel Ikpechukwu, spécialiste des addictions, souligne l'urgence de dépasser la simple logique répressive pour intégrer des parcours de soins et de réinsertion, afin d'éviter que les centres de détention ne deviennent des portes tournantes pour la jeunesse.
Sortir du cycle de la récidive
Le système judiciaire nigérian traite quotidiennement des jeunes arrêtés pour des infractions liées à la drogue. Cependant, l'incarcération, lorsqu'elle est déconnectée de tout suivi thérapeutique, échoue à traiter la cause profonde du comportement délictueux : l'addiction. Selon le professeur Ikpechukwu, cette approche conduit inévitablement à une répétition des faits, le jeune contrevenant retournant dans son environnement initial sans avoir bénéficié d'outils pour stabiliser sa santé ou reconstruire sa vie sociale. L'enjeu est de transformer le premier contact avec la justice en une opportunité de diagnostic et d'orientation vers des structures de soin adaptées.
Une distinction nécessaire entre crime et pathologie
L'expert insiste sur une nuance fondamentale : il ne s'agit ni d'excuser les infractions, ni de faire de l'addiction un bouclier juridique systématique. L'objectif est de reconnaître la distinction entre la responsabilité pénale et le besoin clinique. Une réponse efficace nécessite une coordination étroite entre les forces de l'ordre, les autorités sanitaires et les services sociaux. Cette synergie permettrait d'évaluer les besoins réels du contrevenant dès son interpellation, garantissant que la sanction soit accompagnée d'un protocole de soin lorsque la pathologie est avérée.
Le défi de l'accès aux soins
La mise en œuvre de cette stratégie se heurte à une réalité structurelle : le manque d'infrastructures de traitement. Une enquête nationale a révélé qu'environ 40 % des usagers de drogues à haut risque souhaitant obtenir de l'aide ne parviennent pas à accéder à des services de santé. Le professeur Ikpechukwu met en garde contre les ordonnances judiciaires imposant des soins là où aucune structure n'existe. Pour être viable, la réhabilitation doit inclure un suivi post-détention, une aide à la réinsertion professionnelle et un soutien familial, transformant ainsi la mesure judiciaire en un véritable levier de reconstruction individuelle.
Mesurer l'efficacité au-delà des chiffres
Pour les autorités nigérianes, le succès ne doit plus se mesurer uniquement par le nombre d'arrestations ou de condamnations, mais par la capacité du système à réduire durablement le nombre de jeunes piégés dans la spirale de la dépendance. L'enjeu est de bâtir un système où la justice tient les individus responsables de leurs actes, tout en intégrant le rétablissement comme une composante indissociable de la solution, garantissant ainsi une meilleure sécurité publique et une meilleure santé sociale.