Les importations d'armes et de munitions au Nigeria ont connu une progression spectaculaire de 104,31 % au cours du premier semestre 2026, atteignant une valeur de 55,06 milliards de nairas. Cette augmentation, révélée par le Bureau national des statistiques (NBS), suscite une vive inquiétude alors que le pays se prépare pour les élections générales de 2027, sur fond de tensions sécuritaires persistantes.
Une hausse corrélée aux enjeux sécuritaires et politiques
Le volume des importations a plus que doublé par rapport aux 26,95 milliards de nairas enregistrés sur la même période en 2025. Pour le professeur Dapo Thomas de l'Université d'État de Lagos, cette tendance ne peut être réduite à la seule échéance électorale. Si la demande d'armes augmente traditionnellement lors des cycles politiques, l'insécurité chronique et la transformation du trafic d'armes en un secteur commercial lucratif constituent des facteurs déterminants. L'expert appelle les autorités à renforcer la surveillance aux frontières pour éviter que ces flux ne déstabilisent davantage le climat social.
Le défi de la surveillance portuaire
Face à cette recrudescence, le rôle du Service des douanes du Nigeria (NCS) est au cœur des débats. Des saisies récentes de fusils à pompe, notamment en provenance de Turquie, ont mis en lumière la complexité de la dissimulation de marchandises prohibées dans les conteneurs. Lucky Amiwero, président du Conseil national des agents en douane agréés, souligne que la détection de ces cargaisons est une tâche ardue nécessitant une coopération internationale accrue. Il préconise un partage systématique d'informations en amont pour identifier les cargaisons suspectes avant leur arrivée dans les ports nigérians.
Vers une concertation des acteurs de l'importation
La multiplication des interceptions a poussé les professionnels du secteur à réagir. L'Association des importateurs du Nigeria a annoncé l'ouverture de discussions avec les autorités douanières. L'objectif est de réunir les différents maillons de la chaîne logistique pour examiner les failles ayant permis l'entrée de ces cargaisons illicites et définir des mesures préventives. Cette mobilisation des acteurs privés et publics témoigne d'une prise de conscience collective sur la nécessité de sécuriser les points d'entrée du pays pour prévenir une escalade de la violence armée.