Le gouvernement fédéral nigérian a intensifié ses recours à l'emprunt intérieur, enregistrant une hausse de 90,5 % sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025. Cette stratégie, visant à combler un déficit budgétaire persistant, soulève des inquiétudes majeures quant à l'éviction du secteur privé du marché du crédit et à la soutenabilité des finances publiques.
Une dynamique d'endettement accélérée
Entre janvier et août 2026, l'État a emprunté 24,7 billions de nairas, contre 12,98 billions l'année précédente. Cette progression est portée par une émission massive de bons du Trésor et d'obligations fédérales. Bien que les recettes publiques aient augmenté, notamment grâce à la suppression des subventions sur les carburants et aux réformes de change, les dépenses courantes et les coûts du service de la dette croissent à un rythme bien plus soutenu, rendant le recours à l'emprunt indispensable pour maintenir l'équilibre budgétaire.
Le risque d'éviction du secteur privé
Les données de la Banque centrale du Nigeria révèlent que le crédit accordé au gouvernement progresse 4,5 fois plus vite que celui destiné au secteur privé. Pour les analystes, cette situation crée un effet d'éviction : les banques et investisseurs institutionnels, attirés par les rendements élevés et le risque quasi nul des titres d'État, délaissent le financement des entreprises. Cette raréfaction du crédit renchérit les coûts d'emprunt pour les acteurs économiques, freinant potentiellement l'investissement, la consommation et la création d'emplois.
Le poids du service de la dette sur les investissements
Le service de la dette est devenu une charge colossale, dépassant les 3 billions de nairas rien qu'au premier trimestre 2026. Cette ponction budgétaire limite drastiquement la capacité de l'État à financer des secteurs cruciaux comme les infrastructures, la santé et l'éducation. Si certains experts soulignent que ces emprunts servent à financer des projets d'infrastructures nécessaires à la compétitivité du pays, d'autres alertent sur le risque de dépassement des objectifs annuels de déficit, qui pourraient atteindre 34 billions de nairas d'ici la fin de l'année.
Vers une nécessaire diversification des financements
Face à cette dépendance accrue à la dette intérieure, des voix s'élèvent pour préconiser des alternatives structurelles. L'amélioration de la mobilisation des recettes fiscales, une meilleure commercialisation des actifs publics et le recours accru aux partenariats public-privé (PPP) sont présentés comme des leviers essentiels pour réduire la pression sur le marché financier local. L'enjeu pour le gouvernement est désormais de concilier ses besoins de financement avec la nécessité de préserver un environnement propice à la croissance du secteur privé.