Le projet de modernisation de l'axe routier Benin-Asaba, présenté en mars 2025 comme une solution durable au désenclavement du Sud-Sud nigérian, s'est transformé en un cauchemar logistique. Quinze mois après le début des travaux, l'incapacité technique du concessionnaire, la Benin-Asaba Expressway Concession Company (BAECC), a rendu l'artère impraticable, provoquant des pertes économiques massives et une vive réaction des autorités fédérales et locales.
Une gestion de chantier défaillante
Initialement conçu pour transformer cet axe en une voie rapide à dix voies, le projet a rapidement dévié de ses objectifs. Au lieu d'une avancée structurante, le concessionnaire s'est limité à excaver l'asphalte existant sur plusieurs kilomètres avant d'y déverser des gravats, sans mettre en place les systèmes de drainage indispensables. Cette négligence technique a conduit à l'effondrement de la chaussée lors des récentes intempéries, isolant des centaines de véhicules et paralysant le transport de marchandises périssables, dont les pertes se chiffrent en milliards de nairas.
L'ultimatum du gouvernement fédéral
Face à l'exaspération des populations et aux protestations locales, le ministre des Travaux publics, David Umahi, a officiellement constaté la faillite opérationnelle du concessionnaire. Lors d'une réunion de crise à Benin-City, le gouvernement a posé trois conditions strictes : soit le retrait du concessionnaire au profit d'entreprises compétentes, soit une restructuration où l'État reprend la maîtrise d'œuvre tout en maintenant un partage des revenus de péage, soit la résiliation pure et simple du contrat. Le ministre a également exigé le remplacement immédiat du directeur de projet et la remise en état urgente des zones dégradées.
Un enjeu de gouvernance publique
Au-delà de l'aspect technique, cet échec soulève des questions critiques sur le modèle de concession au Nigeria. Le gouverneur de l'État d'Edo, Monday Okpebholo, a dénoncé l'absence de résultats tangibles après seize mois de travaux, soulignant que la rentabilité ne peut être dissociée de l'exécution réelle des chantiers. De son côté, la société civile, par la voix de l'organisation « The Common Good Letter », appelle à une transparence totale sur les capacités financières et techniques des concessionnaires sélectionnés, afin d'éviter que les intérêts privés ne priment sur l'intérêt général et la sécurité des usagers.
Des conséquences sociales immédiates
La situation sur le terrain reste précaire. Les usagers, contraints d'abandonner leurs véhicules ou de recourir à des moyens de transport informels, subissent les conséquences directes de cette impasse. Si le concessionnaire a sollicité un délai supplémentaire pour consulter ses partenaires, la pression exercée par les autorités et les mouvements de jeunesse locaux laisse peu de marge de manœuvre pour une poursuite du projet en l'état actuel.