Le budget d'investissement 2026 du Nigeria fait face à une impasse structurelle majeure, menaçant de ne connaître aucune exécution réelle cette année. L'accumulation des arriérés budgétaires de 2024 et 2025 contraint le gouvernement à consacrer l'essentiel des ressources disponibles à la régularisation d'engagements passés plutôt qu'au financement de nouveaux projets.
Un cycle de reports budgétaires sans fin
La situation est devenue critique : une part prépondérante du budget d'investissement 2026, soit 16,8 billions de nairas sur un total de 32,3 billions, est en réalité constituée de reports issus des exercices 2024 et 2025. Malgré deux extensions législatives successives, la dernière échéance fixée au 30 septembre 2026 n'a pas permis de résorber les retards. Les autorités budgétaires considèrent désormais ce report comme une norme, alors même que les ministères, départements et agences (MDA) peinent à obtenir les fonds nécessaires pour lancer leurs programmes.
Des taux de décaissement alarmants
Les auditions parlementaires ont mis en lumière une paralysie quasi totale des investissements sectoriels. À titre d'exemple, le ministère de la Santé n'a reçu que 36 millions de nairas sur les 218 milliards alloués en 2025, soit un taux de 0,02 %. Ce constat est généralisé : huit ministères clés, dont ceux de l'Agriculture, des Transports et du Logement, n'ont perçu que 9,13 milliards de nairas sur une enveloppe globale de 1,218 billion, soit à peine 1,3 % des fonds votés. Le gouvernement justifie ces blocages par une politique de gestion de trésorerie stricte, couplée à des contraintes de revenus et à des retards dans le paiement des contreparties pour les projets financés par des donateurs.
Tensions entre l'exécutif et le législatif
Face à cette gestion, le Parlement durcit le ton. Le Comité des comptes publics a recommandé l'exclusion de 22 agences gouvernementales du processus budgétaire 2026 en raison de leur incapacité à justifier l'utilisation des fonds publics et de leur refus de répondre aux audits. Parallèlement, les commissions parlementaires dénoncent des goulots d'étranglement administratifs et des retards dans les procédures de passation de marchés. Pour les législateurs, le vote du budget ne constitue plus une garantie de financement, soulignant une rupture profonde entre la planification législative et la réalité des décaissements sur le terrain.
Le défi de la transparence financière
L'enquête parlementaire révèle également une résistance croissante de certaines institutions à la reddition de comptes. Plusieurs agences évitent systématiquement les convocations des comités ad hoc, entravant la surveillance des fonds d'intervention et des subventions. Cette opacité, combinée à un système de gestion de trésorerie qui ne libère les fonds qu'au fur et à mesure de la confirmation des recettes, crée un cercle vicieux où chaque nouvelle loi de finances est hypothéquée par les dettes non réglées des années antérieures.