La suspension temporaire, puis la réduction drastique des financements du programme américain PEPFAR en 2025, ont provoqué une rupture dans l'accès aux traitements antirétroviraux (TAR) au Nigeria. Cette défaillance du système de santé publique a laissé des milliers de patients sans alternative, favorisant l'émergence de guérisseurs exploitant la vulnérabilité des malades avec des promesses de guérison totale scientifiquement infondées.
La rupture de la chaîne d'approvisionnement
Depuis 2003, le PEPFAR a investi plus de 7,8 milliards de dollars au Nigeria, permettant à 1,9 million de personnes d'accéder gratuitement aux antirétroviraux. La décision de suspendre ces fonds en janvier 2025 a entraîné la fermeture de nombreux sites de soins à travers le pays. Bien que le programme ait partiellement repris en février, les coupes budgétaires ont durablement fragilisé la prise en charge. Pour des patients comme Aisha, dont l'identité a été protégée, l'arrêt de la gratuité des médicaments a rendu le traitement inabordable, les forçant à abandonner un suivi médical essentiel pour leur survie.
L'essor des remèdes non conventionnels
Dans les centres urbains du nord du Nigeria, tels que Kano, Bauchi et Maiduguri, des praticiens profitent du vide laissé par les cliniques pour commercialiser des décoctions à base de plantes. Ces acteurs, comme Yusuf Sufi ou Abdullahi Umar, vendent des produits présentés comme des remèdes définitifs contre le VIH, à des tarifs variant de 45 000 à 250 000 nairas. Ces pratiques s'appuient sur une interprétation détournée de textes religieux, suggérant que chaque maladie possède un remède naturel, une rhétorique qui convainc des patients désespérés de sacrifier leurs économies pour des produits sans efficacité prouvée.
La mise en garde des autorités religieuses et médicales
Le corps médical, représenté notamment par le Dr Abubakar Ibrahim de l'hôpital universitaire de Maiduguri, rappelle que les antirétroviraux ne guérissent pas le VIH mais suppriment la charge virale pour permettre au système immunitaire de fonctionner. Face à la prolifération de ces charlatanismes, des érudits musulmans, à l'instar de Muhammad Mustapha, dénoncent une exploitation commerciale illicite. Ils soulignent que les textes religieux encouragent la recherche scientifique rigoureuse et non la vente de remèdes frauduleux. Pour les patients, le retour à la réalité est souvent brutal : après avoir épuisé leurs ressources dans ces traitements inefficaces, ils voient leur état de santé se dégrader, tout en devant désormais assumer les frais administratifs et de suivi médical que le système public ne couvre plus.