Le protocole d'accord signé le 18 septembre 2026 entre le ministère fédéral des Finances et la Banque centrale du Nigeria (CBN) marque un tournant dans la gestion macroéconomique du pays. Si cette réconciliation entre politiques budgétaire et monétaire est saluée, l'Alliance for Economic Research and Ethics insiste sur une condition sine qua non : ces ajustements techniques doivent se traduire par une amélioration tangible du niveau de vie des populations.
Une coordination nécessaire face aux indicateurs sociaux
L'accord vise à harmoniser les prévisions macroéconomiques, à fluidifier le partage d'informations et à mieux coordonner le financement public tout en préservant l'indépendance opérationnelle de la CBN. Ce rapprochement intervient dans un contexte où la croissance du PIB, bien que réelle — avec 4,43 % au deuxième trimestre 2026 —, peine à se diffuser. En 2025, la croissance du PIB réel par habitant n'était que de 1,9 %, alors que 62,9 % de la population nigériane, soit environ 132,9 millions de personnes, vivent dans une pauvreté multidimensionnelle.
Le défi du poids de la dette publique
L'Alliance pointe du doigt le coût élevé de l'endettement comme un frein majeur au développement. En 2025, les paiements d'intérêts ont absorbé 53,2 % des recettes publiques, contre 40,8 % l'année précédente. Cette situation est aggravée par une concentration excessive des actifs bancaires dans les titres d'État, représentant 22 % du total des actifs des banques, ce qui limite mécaniquement le crédit disponible pour le secteur privé. L'organisation recommande un plan législatif pour ramener ces charges d'intérêts sous la barre des 30 % des recettes d'ici 2028, afin de réallouer ces ressources vers la santé primaire, les infrastructures rurales et les systèmes alimentaires.
Vers un indicateur de pauvreté intégré
Pour garantir que la politique économique serve les plus vulnérables, l'Alliance propose l'instauration d'un « gouverneur de la pauvreté ». Ce mécanisme exigerait que chaque décision budgétaire ou monétaire majeure soit accompagnée d'une évaluation de son impact sur les 40 % de la population les plus pauvres. Parallèlement, l'organisation préconise des mesures structurelles pour endiguer l'inflation, notamment par le renforcement des réserves stratégiques de céréales et la sécurisation des corridors agricoles pour réduire les coûts logistiques.
Institutionnaliser la collaboration
Au-delà des chiffres macroéconomiques encourageants, tels que la baisse de l'inflation estimée à 23 % en 2025 et des réserves internationales de 45,5 milliards de dollars, l'enjeu est désormais la pérennité de cette coopération. L'Alliance appelle à institutionnaliser ce cadre de travail pour qu'il survive aux cycles électoraux et aux changements de leadership politique. L'objectif ultime demeure clair : la croissance ne doit plus être une fin en soi, mais un levier pour transformer durablement les conditions de vie des citoyens nigérians.