Derrière le chiffre rassurant de 4,43 % de croissance au deuxième trimestre 2026, l'économie nigériane révèle une fracture inquiétante : l'industrie manufacturière recule, le secteur énergétique se contracte, et les services portent à eux seuls plus de la moitié du produit intérieur brut. Deux voix, celle des industriels et celle d'un sénateur, appellent à repenser la croissance.
Les services à 56,62 %, l'industrie en chute libre
Le directeur général de la Manufacturers Association of Nigeria (MAN), Segun Ajayi-Kadir, a réagi aux données du National Bureau of Statistics en dénonçant un déséquilibre structurel de plus en plus marqué. Si le PIB réel progresse de 4,43 % en glissement annuel, après 3,89 % au premier trimestre 2026 et 4,23 % un an plus tôt, cette performance repose sur un pilier unique : les services, qui représentent désormais 56,62 % de l'économie.
Le contraste est brutal pour le secteur industriel dans son ensemble, ramené à 17,23 % du PIB, avec une croissance quasi divisée par deux, passant de 7,46 % au deuxième trimestre 2025 à seulement 3,96 % un an plus tard. La part de la manufacture dans le PIB réel a reculé de 9,57 % à 7,72 % entre le premier et le deuxième trimestre 2026, et sa croissance réelle s'est marginalement essoufflée, de 3,29 % à 3,24 %.
L'énergie et les coûts de production au cœur de la crise
Selon MAN, le segment de l'électricité, du gaz, de la vapeur et de la climatisation s'est contracté de 10,63 % au cours du trimestre, un signal d'alarme pour l'ensemble de la chaîne productive. Ajayi-Kadir attribue cette dégradation à l'accumulation de contraintes : coûts de production élevés, pression sur le taux de change, taux d'intérêt prohibitifs et tarifs d'électricité en forte hausse.
Pour le patron des industriels, cette dépendance accrue aux services non exportables rend le pays vulnérable aux chocs extérieurs, sans renforcer les réserves de change ni juguler l'inflation structurelle, ni créer massivement des emplois industriels durables. Il prévient qu'une croissance portée par la consommation et l'extraction, plutôt que par la production, bâtit la prospérité « sur du sable mouvant ».
MAN formule plusieurs recommandations : contrats d'achat direct d'électricité pour les zones industrielles, subventions pour les investissements solaires et batteries, garanties de crédit pour abaisser les taux, fenêtre专用 de change pour les matières premières et biens d'équipement, et application effective de la politique industrielle nigériane.
Daniel : « la vraie mesure, c'est le vécu des Nigérians »
Le sénateur représentant Ogun East, Otunba Gbenga Daniel, a prolongé ce diagnostic lors de la 7ᵉ conférence annuelle de Freedom Online à Lagos. Pour l'ancien gouverneur de l'État d'Ogun, les chiffres du PIB ne traduisent pas la réalité quotidienne : un jeune peut-il trouver un emploi décent, un agriculteur accéder à ses terres en sécurité, un industriel produire de manière compétitive, un investisseur engager ses capitaux sereinement ?
Daniel rappelle que croissance économique et sécurité sont indissociables : sans sécurité, impossible d'exploiter les fermes, de transporter les marchandises sur les grands axes ou d'attirer les investissements domestiques et étrangers. À l'inverse, les dépenses sécuritaires excessives grèvent la compétitivité des entreprises. Il appelle à traiter la sécurité comme une infrastructure économique à part entière, et non comme la seule affaire des forces de l'ordre.
Vers une croissance portée par la production ?
Le message convergent des industriels et de l'élu dessine un enjeu central pour les pouvoirs publics nigérians : réorienter la croissance vers la production nationale. À défaut, les performances macroéconomiques risqueraient de rester déconnectées de l'amélioration des conditions de vie, un point de suivi décisif pour les trimestres à venir.