Le Nigeria enregistre une avancée notable dans l'intégration de sa population au système financier formel, avec un taux d'exclusion désormais ramené à 21 %. Toutefois, cette progression globale dissimule une fracture sociale profonde : la moitié des personnes exclues appartient aux 20 % les plus pauvres de la population, soulignant une corrélation persistante entre précarité économique et accès aux services bancaires.
Une digitalisation rapide mais inégale
L'enquête 2026 sur l'accès aux services financiers (A2F) révèle une accélération marquée de la dématérialisation des échanges. L'usage des services financiers numériques a bondi, passant de 47 % en 2023 à 64 % en 2026, tandis que le recours à l'argent mobile a plus que triplé sur la même période. Malgré cette dynamique, le cash reste prédominant dans certains secteurs clés, notamment l'agriculture, où 92 % des travailleurs perçoivent encore leurs revenus en espèces, rendant une transition vers le tout-numérique prématurée.
Le paradoxe de l'épargne face au crédit
Si les Nigérians parviennent davantage à épargner — avec un taux d'épargne formelle grimpant à 53 % — l'accès au crédit et aux produits d'assurance stagne respectivement à 10 % et 5 %. Le système financier actuel semble ainsi plus efficace pour le stockage de valeur que pour le financement des activités productives ou la protection contre les risques. Cette limite freine la capacité des ménages à transformer leur inclusion financière en une véritable amélioration de leurs conditions de vie.
Vulnérabilité et mécanismes de survie
L'étude met en lumière une fragilité économique structurelle : 61 % des adultes nigérians souffrent d'une détresse de liquidité sévère. Face aux chocs financiers, plus de 70 % des individus ont recours à des mécanismes de survie « érosifs », qui permettent de gérer l'urgence immédiate mais affaiblissent durablement leur résilience future. Les agriculteurs sont particulièrement exposés, avec plus de la moitié d'entre eux ayant subi des chocs économiques récents sans disposer de filets de sécurité adaptés.
Vers une approche différenciée des politiques publiques
L'analyse des données par segment de population, notamment chez les femmes, confirme la nécessité d'abandonner les politiques uniformes. Si l'inclusion des femmes entrepreneures progresse, celle des femmes dépendantes économiquement recule. Pour les régulateurs et les institutions comme la Banque centrale du Nigeria, l'enjeu est désormais de déplacer le curseur : il ne s'agit plus seulement de mesurer l'accès aux services, mais d'évaluer concrètement ce que ces outils permettent aux citoyens d'accomplir en termes de stabilité et de développement économique.