Un groupe de députés nigérians, réunis sous la bannière du « Save Democracy Group » (SDG), presse le leadership de l'Assemblée nationale de convoquer une session plénière urgente. L'objectif est de trancher la question de la continuité du pouvoir exécutif, alors que le président Bola Tinubu dépasse la durée initiale de ses congés à l'étranger sans qu'une transmission formelle de ses pouvoirs n'ait été publiquement confirmée.
L'impératif de la transparence constitutionnelle
Au cœur du débat se trouve l'application de l'article 145 de la Constitution nigériane. Ce texte impose au président de transmettre une déclaration écrite au président du Sénat et au président de la Chambre des représentants lorsqu'il s'absente pour une période prolongée. Le SDG souligne que, 21 jours après le départ du chef de l'État pour l'Europe, aucune information officielle n'a été communiquée sur l'existence d'un tel document. Pour les législateurs, la communication numérique ou les directives données à distance par le président ne sauraient se substituer aux exigences formelles de la loi fondamentale.
Le rôle du vice-président en question
La situation est complexifiée par l'agenda du vice-président Kashim Shettima, actuellement en déplacement à New York pour l'Assemblée générale des Nations Unies. Les membres du SDG soutiennent que si aucune déclaration n'a été transmise, l'Assemblée nationale a l'obligation constitutionnelle d'invoquer l'article 145(2). Cette disposition permet aux deux chambres du Parlement, par un vote à la majorité simple, de mandater le vice-président pour assurer l'intérim. Le groupe insiste sur le fait que la continuité de l'État doit être formelle et transparente, et non reposer sur des suppositions ou des assurances officieuses.
Le spectre de la crise de 2010
Cette interpellation ravive le souvenir de la crise politique de 2009-2010, marquée par l'absence prolongée du président Umaru Yar'Adua pour raisons médicales. À l'époque, le vide institutionnel avait contraint le Parlement à adopter la « Doctrine de nécessité » pour permettre au vice-président Goodluck Jonathan d'exercer les fonctions présidentielles. Depuis, la Constitution a été amendée pour combler cette lacune, prévoyant désormais une procédure claire en cas de silence du président au-delà de 21 jours. Les députés du SDG rappellent que le respect de ces mécanismes est une condition sine qua non de la stabilité démocratique, soulignant que nul ne peut se placer au-dessus des dispositions constitutionnelles.