La découverte d'une agence gouvernementale fictive, opérant depuis neuf ans au sein même du Secrétariat du gouvernement (OSGF) à Abuja, met en lumière des failles critiques dans les procédures de l'administration nigériane. Cette structure, baptisée « National Brands Development and Made-in-Nigeria Special Project Office », a réussi à s'implanter durablement en usurpant des autorisations officielles et en créant une illusion de légitimité à grande échelle.
Une façade institutionnelle sophistiquée
Pour asseoir sa crédibilité, l'organisation a multiplié les artifices. Elle prétendait bénéficier d'une approbation du Conseil exécutif fédéral datant de 2017, sous l'administration de Muhammadu Buhari, et citait le ministère de l'Industrie, du Commerce et de l'Investissement comme autorité de tutelle. Les promoteurs sont allés jusqu'à rédiger un projet de loi fictif pour 2025 et à maintenir une présence numérique active, malgré des incohérences flagrantes dans la communication officielle.
Un maillage territorial factice
L'aspect le plus troublant de cette supercherie réside dans la mise en place d'un organigramme complexe, conçu pour refléter le « principe du caractère fédéral » cher au pays. Sous la direction d'un individu identifié sous plusieurs alias, George Nwabueze, l'agence a recruté des directeurs de zone et des coordinateurs dans les 36 États du pays. Cette structure, composée de personnalités locales, visait à donner une apparence de diversité ethnique et régionale, renforçant ainsi l'illusion d'une institution étatique authentique auprès du public et des partenaires potentiels.
Conséquences politiques et judiciaires
L'enquête menée par la Commission indépendante des pratiques de corruption (ICPC) a conduit à des mesures immédiates. Le président Bola Tinubu a ordonné l'arrestation du principal suspect et la suspension de trois secrétaires permanents, soupçonnés d'avoir facilité l'installation et le fonctionnement de cette entité au sein des locaux officiels. Cette affaire, qui s'inscrit dans le cadre d'une investigation plus large sur les faiblesses procédurales de la fonction publique, soulève des questions urgentes sur les mécanismes de contrôle et de sécurité au sein des institutions nigérianes.
Un point de vigilance sur la gouvernance
L'ICPC poursuit ses investigations pour déterminer l'étendue des complicités internes ayant permis à cette agence de prospérer pendant près d'une décennie. La capacité d'une structure non autorisée à occuper des espaces physiques au sein du Secrétariat du gouvernement et à se faire passer pour un organe officiel constitue un enjeu majeur de sécurité publique et de transparence administrative que les autorités devront désormais résoudre pour restaurer la confiance dans les rouages de l'État.