Le Nigeria a marqué le 10 octobre 2026 dix années consécutives sans aucune exécution capitale, une étape saluée par plusieurs missions étrangères malgré la présence de plus de 4 300 personnes encore dans le couloir de la mort, dont plus de quatre‑vingt‑deux femmes.
Un moratoire de fait depuis dix ans
Le dernier recours à la peine de mort remonte au 23 décembre 2016, lorsque trois détenus ont été exécutés à Benin, dans l’État d’Edo. Depuis cette date, aucune exécution n’a eu lieu, ce que le Service correctionnel nigérian (NCoS) a présenté comme un moratoire de fait répondant aux standards internationaux.
Les chiffres alarmants du couloir de la mort
Le NCoS a révélé que 4 329 personnes attendent actuellement l’exécution dans les établissements pénitentiaires fédéraux. Parmi elles, plus de 82 sont des femmes. Bien que le pays n’ait pas appliqué la peine capitale depuis une décennie, le nombre de condamnés demeure élevé, laissant plus de trois mille individus dans une situation d’incertitude juridique.
Appels des missions étrangères pour une abolition officielle
Lors de la commémoration de la Journée mondiale contre la peine de mort, organisée par la Commission nationale des droits de l’homme (NHRC) et Avocats Sans Frontières France, les ambassadeurs d’Allemagne, d’Australie et d’Espagne ont salué le cap des dix ans sans exécution. Ils ont appelé à transformer ce moratoire de fait en un moratoire exécutif officiel, à commuer les peines de mort en emprisonnement à vie et à réviser les lois rendant la peine de mort obligatoire.
Perspectives de réforme judiciaire et clémence
Le secrétaire exécutif de la NHRC, le Dr Tony Ojukwu SAN, a rappelé la dualité constitutionnelle entre le droit à la vie et l’exception autorisant les exécutions ordonnées par les tribunaux. Il a souligné que des défaillances telles que l’aide juridique insuffisante, les aveux forcés et les retards avant procès compromettent l’équité des procédures. Il a proposé trois mesures immédiates : instaurer un moratoire exécutif, encourager les gouverneurs à user de leur grâce constitutionnelle en vertu de l’article 212, et réexaminer les statutes rendant la peine de mort obligatoire afin de permettre aux juges de considérer les circonstances atténuantes.