Entre juillet 2025 et juin 2026, près de 6 millions de dollars (5 millions d’euros) ont été versés aux groupes armés au Nigeria, un montant trois fois supérieur à celui de l’année précédente. Selon un rapport du cabinet SBM Intelligence, cette somme colossale, principalement captée par la branche historique de Boko Haram, révèle une économie des enlèvements en pleine expansion. Une situation qui interroge sur les mécanismes de financement et les éventuelles complicités au sein des autorités.
Une économie des enlèvements en plein essor
Le rapport de SBM Intelligence met en lumière une hausse spectaculaire des rançons versées aux groupes armés. En un an, le montant total a triplé, passant de 2 millions de dollars à près de 6 millions. Cette progression s’explique notamment par deux enlèvements de masse dans le nord du Nigeria, où les groupes armés, comme le JAS (Jamā’at Ahl as-Sunnah lid-Da’wah wa’l-Jihād), ont pu accumuler des sommes record. Ces pratiques, autrefois marginales, deviennent désormais un modèle économique structuré, alimentant les groupes terroristes et exacerbant l’insécurité dans la région.
Le JAS, principal bénéficiaire de cette manne financière
Le JAS, branche historique de Boko Haram, s’est imposé comme le principal bénéficiaire de cette économie des enlèvements. Grâce à des opérations ciblées et à une stratégie de rançonnement systématique, le groupe a engrangé des millions de dollars en un an. Cette manne financière lui permet de renforcer ses capacités opérationnelles, d’étendre son influence et de recruter de nouveaux membres. Une dynamique qui pose un défi majeur pour les autorités nigérianes, déjà en difficulté face à l’insécurité persistante.
Des complicités suspectes au sein des autorités ?
Kehinde Giwa, analyste chez SBM Intelligence et coauteur du rapport, souligne un point particulièrement préoccupant : « Il est impossible qu’une telle somme ait pu être réunie sans intervention des autorités. » Cette affirmation suggère l’existence de réseaux de complicité ou de tolérance au sein des institutions, permettant aux groupes armés de percevoir ces rançons sans entrave. Si cette hypothèse se confirme, elle révélerait une faille majeure dans la lutte contre le terrorisme et une possible corruption endémique. Les autorités nigérianes devront désormais expliquer comment une telle économie illégale a pu prospérer à grande échelle, et quelles mesures seront prises pour y mettre fin.