Une nouvelle saisie de près de 47 000 comprimés de captagon et de millions d’opioïdes au Nigeria met en lumière les réseaux criminels alimentant les violences jihadistes et les bandes armées dans le nord du pays. Selon l’Agence nationale de lutte contre les stupéfiants (NDLEA), cette cargaison, d’une valeur estimée à 1,5 milliard de nairas (966 000 euros), était destinée à des groupes armés opérant dans une région en proie à des conflits depuis plus de quinze ans.
Un trafic transfrontalier entre le Ghana et le Nigeria
L’interpellation d’Akinbile Kazeem Aikins, un suspect arrêté alors qu’il tentait d’introduire la drogue depuis le Ghana, révèle l’ampleur des réseaux criminels transfrontaliers. Les 47 200 pilules de captagon, une drogue stimulante à base d’amphétamines, étaient dissimulées dans des savons, tandis que des « millions d’opioïdes » complétaient la cargaison. Le suspect a reconnu avoir pour mission de livrer ces substances dans le nord du Nigeria, une zone déjà sous tension en raison des activités de groupes armés comme Boko Haram.
Le captagon, une arme de financement pour les groupes armés
Le captagon, surnommé « la drogue du jihad » en raison de son utilisation présumée par des groupes extrémistes pour financer leurs activités, est devenu un enjeu majeur dans la région. Selon le porte-parole de la NDLEA, Femi Babafemi, ces substances sont utilisées par les « terroristes et bandits » pour renforcer leurs capacités opérationnelles. Le Nigeria n’est pas le seul pays concerné : le captagon a été le principal produit d’exportation de la Syrie pendant la guerre civile, générant des revenus colossaux pour le régime de Bachar al-Assad.
Des saisies record révélatrices d’une économie criminelle florissante
Cette saisie s’inscrit dans une série d’interpellations majeures ces derniers mois. En juillet 2026, la NDLEA avait intercepté plusieurs milliers de kilos de substances illicites en une semaine. Deux mois plus tôt, près de 2,4 tonnes de métamphétamines, estimées à plus de 300 millions d’euros, avaient été découvertes dans le plus grand laboratoire clandestin du pays. Ces chiffres illustrent l’ampleur d’un trafic qui alimente non seulement les groupes armés, mais aussi une économie criminelle en pleine expansion.
Un lien entre trafic de drogue et rançons des enlèvements
Les revenus générés par le trafic de drogue s’ajoutent à ceux issus des rançons versées aux groupes armés. Selon un rapport de SBM Intelligence, près de 5 millions d’euros ont été payés en rançons entre juillet 2025 et juin 2026, un montant trois fois supérieur à celui de l’année précédente. Le JAS, branche historique de Boko Haram, aurait été le principal bénéficiaire de ces fonds, notamment après deux enlèvements de masse dans le nord du pays. Ces dynamiques montrent comment le crime organisé et les groupes armés s’alimentent mutuellement, aggravant une crise sécuritaire déjà profonde.