La signature de l'Accord national de paix à Abuja, en vue des élections générales de 2027 au Nigeria, a été marquée par l'absence notable du président Bola Tinubu. Cette défection suscite de vives critiques de la part de l'opposition, qui y voit un signal préoccupant pour la sécurité et la stabilité démocratique du pays. Alors que le pays se prépare à une nouvelle échéance électorale majeure, ce geste relance le débat sur l'efficacité et la portée de ce pacte de non-violence historique.
Les faits essentiels
Le mardi précédant l'annonce, les candidats à la présidence et les représentants des partis politiques nigérians se sont réunis à Abuja pour signer l'Accord national de paix en vue des élections de 2027. Cet accord, supervisé par le Comité national de paix présidé par l'ancien chef de l'État Abdulsalami Abubakar, engage les acteurs politiques à mener des campagnes pacifiques et à rejeter la violence. Cependant, le président sortant Bola Tinubu, candidat du All Progressives Congress (APC), n'a pas assisté personnellement à la cérémonie, se faisant représenter par George Akume, secrétaire du gouvernement de la Fédération. Atiku Abubakar, candidat de l'African Democratic Congress (ADC), était également absent. En revanche, d'autres figures majeures de l'opposition, telles que Peter Obi du National Democratic Congress (NDC), Omoyele Sowore de l'African Action Congress (AAC), Donald Duke du Peoples Redemption Party (PRP) et Adewole Adebayo du Social Democratic Party (SDP), ainsi que le président de la Commission électorale nationale indépendante (INEC), Joash Amupitan, étaient présents pour parapher le document.
Pourquoi c'est important
L'absence du chef de l'État a immédiatement suscité de vives réactions, notamment de la part d'Adewole Adebayo, candidat du SDP. Ce dernier a affirmé que ce manquement projetait une image de désintérêt face au processus de paix et envoyait un message ambigu aux forces de l'ordre et aux agents gouvernementaux chargés de sécuriser le scrutin. Historiquement, cet accord, instauré en 2014, a joué un rôle crucial dans la prévention des violences électorales au Nigeria, particulièrement lors de l'élection historique de 2015 où Goodluck Jonathan avait concédé sa défaite face à Muhammadu Buhari. Bien que l'accord n'ait pas totalement éradiqué les tensions lors des scrutins suivants, notamment en 2023 où de nombreuses violations ont été enregistrées par le comité, il reste perçu comme un outil essentiel pour inciter les candidats mécontents à privilégier les recours légaux plutôt que la rue.
Ce qu'il faut surveiller
Dans les semaines à venir, l'attention se portera sur la réaction de la présidence nigériane face aux appels de l'opposition. Adewole Adebayo a notamment exigé que Bola Tinubu s'explique publiquement sur son absence et réaffirme clairement son engagement envers le processus de paix. Il conviendra également de suivre si le président participera personnellement à d'éventuelles futures sessions de signature, à l'instar de son attitude lors du cycle électoral de 2023 où, après avoir manqué un premier rendez-vous, il s'était déplacé pour le second. Enfin, l'efficacité réelle de cet accord pour le scrutin de 2027 reste à démontrer, alors que les précédentes élections ont montré que le respect des engagements dépend avant tout de la volonté politique des candidats, de leurs partisans et de la neutralité des institutions étatiques.