Lors du congrès annuel de Reform UK, Nigel Farage a posé les jalons d'un pouvoir qu'il qualifie d'« sans entraves ». Le leader du parti britannique a détaillé ses priorités pour les cent premiers jours d'un éventuel gouvernement, tout en menaçant de réformer en profondeur la Chambre des Lords et le mode de nomination des juges si ces institutions venaient à freiner son programme. Une offensive institutionnelle annoncée au moment même où son parti est fragilisé par une enquête sur des soupçons de financement irrégulier.
Un programme de rupture en cent jours
Farage a érigé la rupture avec les exécutifs précédents en ligne directrice. Selon lui, les conservateurs « ont eu quatorze ans au pouvoir et ont échoué misérablement », tandis que le Premier ministre Andy Burnham « dit avoir besoin de dix ans » pour redresser le pays. Reform UK promet donc d'agir immédiatement sur trois fronts emblématiques : l'arrêt des traversées de la Manche en canots pneumatiques, une baisse de 250 livres par an des factures énergétiques et l'abandon de l'objectif de neutralité carbone, qualifié de « folie ».
Pour tenir ce calendrier, Farage a annoncé qu'il décréterait un « état d'urgence nationale » dès l'arrivée au pouvoir. Le Parlement siégerait, « si nécessaire, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, six jours sur sept », jusqu'au vote des textes jugés prioritaires.
Lords, juges et ECHR dans la ligne de mire
Le discours a pris une tournure constitutionnelle lorsque Farage a identifié la Chambre des Lords et la magistrature comme de possibles « obstacles ». Il a promis, si les pairs refusaient d'entériner ses engagements, de nommer plusieurs centaines de nouveaux lords afin de s'assurer une majorité à la chambre haute, voire d'organiser un référendum sur la composition actuelle de l'institution.
Concernant les juges, il a proposé de retirer aux tribunaux la possibilité de s'appuyer sur des conventions telles que la Convention européenne des droits de l'homme (ECRH), régulièrement mise en cause pour entraver certaines expulsions. « Nous ne voulons pas que les juges annulent la volonté du peuple », a-t-il lancé, ajoutant qu'il faudrait peut-être « repenser le fonctionnement des nominations judiciaires ». Les fonctionnaires qui « tenteraient de faire obstruction » seraient quant à eux remplacés par des profils issus du monde de l'entreprise.
Un congrès perturbé par une affaire de financement
Cette offensive politique intervient dans un contexte délicat pour Reform UK. Deux hauts responsables du parti ont démissionné la veille après la diffusion d'un reportage de Channel 4 News, produit par Verbatim Investigations, évoquant des questions sur son financement. Farage a défendu son mouvement en affirmant que « le parti n'a rien fait de mal » et n'a « accepté aucun argent illégal », dénonçant une « campagne d'attaques coordonnée » menée par des adversaires « effrayés » par sa montée en puissance.
Le discours lui-même a été retardé pour ce que le leader a qualifié d'« alerte de sécurité » et a été ponctué par des interruptions de militantes brandissant une banderole « Reform works for billionaires », expulsées sous les huées de la salle. Farage a balayé ces incidents en entonnant un « boring, boring, boring ».
Un pari sur l'affrontement institutionnel
En menaçant de remodeler les contre-pouvoirs britanniques avant même toute victoire électorale, Reform UK assume une stratégie de polarisation. La portée concrète de ces annonces dépendra évidemment d'un scrutin dont la date reste incertaine, mais elles dessinent déjà la nature du rapport de force que le parti entend imposer aux institutions s'il accède au pouvoir. La démission des deux responsables et l'enquête interne en cours constituent, pour l'heure, le premier test politique de cette rentrée.