Des tirs nourris et des explosions ont retenti dans la nuit de Niamey, ciblant des zones stratégiques comme la base militaire de l’aéroport international et le quartier administratif abritant le palais présidentiel. Une attaque qui survient alors que la junte au pouvoir peine à endiguer la menace jihadiste, malgré son alliance avec la Russie et son rejet de la France.
Une attaque nocturne aux cibles sensibles
Plusieurs quartiers de la capitale nigérienne ont été secoués par des détonations et des échanges de tirs dans la nuit de vendredi à samedi. Les zones touchées incluent la base militaire 101, située à proximité de l’aéroport international de Niamey, ainsi que le quartier administratif où se trouvent le palais présidentiel et les locaux de la télévision nationale. Des riverains ont confirmé à l’AFP avoir entendu des tirs nourris, tandis que des publications sur les réseaux sociaux montraient des véhicules blindés en renfort près de l’aéroport.
L’origine des tirs reste officiellement inconnue, et aucune communication gouvernementale n’a été publiée pour l’instant. Pourtant, des sources proches de la junte évoquent déjà une « situation sous contrôle », sans fournir de détails supplémentaires.
Un aéroport déjà visé deux fois en 2024
Cette attaque survient moins de six mois après deux assauts jihadistes contre l’aéroport de Niamey. En janvier, l’État islamique avait ciblé la base militaire, tandis qu’en juin, le JNIM – la branche sahélienne d’Al-Qaïda – avait perpétré une attaque meurtrière, faisant 11 morts parmi les soldats et 2 civils. À chaque fois, l’armée nigérienne avait repoussé les assaillants, mais ces événements révèlent des failles persistantes dans le dispositif sécuritaire.
La base 101, qui abrite notamment le quartier général des partenaires russes de Niamey, Africa Corps, ainsi que l’état-major de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (AES), est un site hautement stratégique. L’AES, formée par le Niger, le Burkina Faso et le Mali, a rompu avec la France pour se tourner vers Moscou, accusant Paris de soutenir les groupes jihadistes.
Un uranium bloqué et une région sous tension
Entre décembre 2023 et janvier 2024, une importante cargaison de concentré d’uranium était stationnée près de la base 101, en attente d’exportation. Aucun mouvement de ce stock n’a été signalé depuis les attaques. Par ailleurs, la région de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso, reste un foyer d’insécurité majeur, avec des attaques récurrentes contre civils et militaires.
Ces événements soulèvent des questions sur l’efficacité des nouvelles alliances sécuritaires de la junte. Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger est dirigé par une junte qui a rompu avec Paris et misé sur le soutien russe, sans pour autant stabiliser le pays. Les jihadistes, eux, continuent de frapper, y compris dans des zones autrefois considérées comme relativement sûres.
L’AES face à l’épreuve de la crédibilité
L’Alliance des États du Sahel, créée en septembre 2023, avait pour ambition de mutualiser les efforts militaires des trois pays contre les groupes armés. Pourtant, malgré le retrait des forces françaises et l’arrivée de conseillers russes, les attaques persistent. La junte nigérienne accuse régulièrement la France de financer les jihadistes pour déstabiliser le régime, une allégation catégoriquement démentie par Paris.
Alors que le JNIM a récemment frappé le Mali voisin jusqu’à Bamako, la capacité de l’AES à protéger ses capitales est désormais mise à l’épreuve. La population nigérienne, déjà éprouvée par des années de violence, attend des réponses concrètes – et des actes, pas seulement des déclarations.