L'ancien gouverneur de l'État de Kaduna, Nasir El-Rufai, actuellement détenu par la Commission indépendante des pratiques de corruption (ICPC), fait l'objet de vives critiques de la part de l'ancien sénateur Shehu Sani. Ce dernier estime que les déboires judiciaires et l'isolement politique actuels de l'ex-dirigeant sont la conséquence directe de sa gouvernance passée.
Un bilan contesté sous l'angle de l'exercice du pouvoir
Shehu Sani a qualifié la période de gouvernance de Nasir El-Rufai, entre 2015 et 2023, d'irresponsable. Il accuse l'ancien gouverneur d'avoir systématiquement bafoué l'État de droit en ignorant des décisions de justice et en utilisant l'appareil d'État pour museler ses opposants. Selon M. Sani, de nombreux journalistes, militants et leaders communautaires ont été emprisonnés arbitrairement durant ce mandat, citant notamment les cas du journaliste Luka Binyat et de plusieurs chefs de communautés locales.
La question de la sécurité dans l'État de Kaduna
Au-delà des accusations d'abus de pouvoir, l'ancien sénateur a pointé du doigt l'inaction de l'administration El-Rufai face à l'insécurité persistante. Il affirme que les autorités étatiques n'ont apporté aucun soutien significatif aux forces de sécurité, telles que la police ou l'armée, pour endiguer les violences commises par des groupes armés dans le Sud et le Centre de Kaduna. Pour M. Sani, cette absence de mesures concrètes a laissé les populations locales sans protection face aux menaces sécuritaires.
Une rivalité politique de longue date
Les tensions entre les deux hommes ne sont pas nouvelles et trouvent leur origine dans une rupture profonde au sein du parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC). Leur antagonisme a culminé en 2019, lorsque Shehu Sani s'était opposé à un projet d'emprunt de 350 millions de dollars auprès de la Banque mondiale, jugeant la dette insoutenable pour l'État. Ce désaccord avait conduit à l'éviction de M. Sani du parti et à une fracture durable au sein de la scène politique de Kaduna.
La solitude du pouvoir selon Shehu Sani
Réagissant aux récentes déclarations de Nasir El-Rufai, qui déplorait le silence de ses anciens alliés face à sa situation actuelle, Shehu Sani a rappelé que la perte de soutiens est une réalité inhérente à la fin d'un mandat. Il souligne que l'exercice du pouvoir est une opportunité temporaire et que la perception de la réalité change inévitablement une fois que l'individu n'est plus en position de commandement.