Alors que le conflit armé dans la province septentrionale du Cabo Delgado entre dans sa neuvième année, le gouvernement mozambicain a initié un forum de deux jours pour repenser la gestion des populations déplacées. Malgré un déploiement militaire soutenu, l'insurrection menée par le groupe affilié à l'État islamique (ISMP) continue de provoquer des déplacements massifs et une instabilité chronique dans cette région riche en ressources.
Une crise humanitaire qui s'aggrave
La situation sécuritaire s'est dégradée depuis août dernier, touchant désormais l'ensemble des 17 districts du Cabo Delgado. Selon les Nations Unies, plus de 1,3 million de personnes ont fui leurs foyers depuis le début des hostilités en 2017, dont 100 000 rien qu'à la fin de l'année 2025. Cette crise est exacerbée par le retrait de plusieurs organisations humanitaires, confrontées à des coupes budgétaires mondiales, laissant près de 1,8 million de personnes dans un besoin urgent d'assistance, dans un contexte où les aléas climatiques, comme le cyclone Chido, viennent fragiliser davantage les communautés locales.
La résilience financière et tactique de l'insurrection
Bien que l'ISMP soit un groupe restreint, comptant entre 300 et 500 membres, il a démontré une capacité d'adaptation remarquable. Face à la pression militaire, les insurgés ont diversifié leurs sources de revenus, passant du financement extérieur à l'extorsion locale, au contrôle de l'exploitation minière illégale et aux enlèvements contre rançon. Cette autonomie financière, couplée à une connaissance fine du terrain, leur permet de maintenir une présence active malgré les offensives des forces mozambicaines et le soutien initial de troupes étrangères.
Le tournant vers une stratégie de négociation
Le président Daniel Chapo semble désormais privilégier une approche hybride, combinant pression militaire et ouverture diplomatique. Si l'armée mozambicaine a récemment intensifié ses offensives, le chef de l'État a exprimé sa volonté d'identifier les leaders insurgés pour engager un dialogue, une option jusqu'ici écartée par ses prédécesseurs. Cette stratégie se heurte toutefois à la difficulté d'identifier des interlocuteurs légitimes au sein d'une mouvance fragmentée. Des observateurs soulignent que toute résolution durable devra impérativement intégrer les griefs historiques des populations du Nord, marquées par un sentiment de marginalisation économique malgré les richesses gazières de la région.
L'impact du retrait des forces régionales
La dynamique sécuritaire a été profondément modifiée par le départ, en 2024, du contingent de 2 200 soldats de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Ce retrait a coïncidé avec une reprise d'influence des insurgés dans plusieurs localités. Si les forces rwandaises restent présentes pour sécuriser les infrastructures gazières, la responsabilité de la lutte contre l'insurrection repose désormais davantage sur les épaules de l'armée nationale, dont les capacités opérationnelles et la gestion du renseignement restent des points de vigilance majeurs pour la stabilité future du pays.