Moussa Nagabila : un demi-siècle d'histoire burkinabè capturé derrière l'objectif

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 24 lectures
Moussa Nagabila : un demi-siècle d'histoire burkinabè capturé derrière l'objectif

Après près de cinquante ans passés à immortaliser les soubresauts politiques et sociaux du Burkina Faso, Moussa Nagabila, figure emblématique du journal « Le Pays », témoigne de l'évolution du métier de photographe. Aujourd'hui retraité et reconverti dans le commerce, il porte un regard lucide sur une profession où la maîtrise technique et l'éthique du terrain ont progressivement cédé le pas à la facilité technologique.

L'école de l'exigence et du terrain

Formé à Abidjan dès l'adolescence, Moussa Nagabila a connu l'ère de la photographie argentique, où chaque cliché exigeait une maîtrise totale de la chaîne de production, du développement en chambre noire au tirage. Cette rigueur a forgé son approche du photojournalisme, qu'il distingue nettement de la photographie de studio. Pour lui, la presse ne laisse aucune place à l'erreur : l'action est éphémère et le photographe doit anticiper l'instant décisif, une discipline qui lui a valu une reconnaissance nationale, notamment avec un prix Galian en 2008 pour une image saisie lors d'une cérémonie officielle.

Les risques du métier de témoin

La carrière de Nagabila a été ponctuée par des missions périlleuses, illustrant les dangers inhérents à l'information en zone de conflit. Il garde un souvenir marquant de la crise ivoirienne à Bouaké, où il a dû naviguer dans un environnement de chaos sécuritaire, ainsi que de la couverture de l'attaque terroriste de Rayongo en 2018. Ces expériences soulignent la réalité du métier de photographe de presse, souvent en première ligne pour documenter des événements critiques au péril de sa propre sécurité.

Un regard critique sur la révolution numérique

Face à la prolifération des smartphones et des réseaux sociaux, le retraité exprime une inquiétude quant à la dévaluation de l'art photographique. Il déplore un manque de formation chez les nouvelles générations, soulignant que la technologie ne remplace pas la connaissance des règles de composition et de cadrage. Pour lui, la valeur d'une image de presse réside dans sa capacité à raconter une histoire avec précision, loin des automatismes numériques qui tendent à uniformiser la production visuelle.

La transmission comme héritage

Bien qu'éloigné des salles de rédaction, Moussa Nagabila n'a jamais remisé son appareil, continuant de pratiquer sa passion avec un équipement professionnel acquis par ses propres moyens. Il se dit aujourd'hui disponible pour transmettre son savoir-faire aux jeunes photographes, insistant sur la nécessité d'apprendre les fondamentaux pour se démarquer. Son parcours, de la Côte d'Ivoire au Burkina Faso, demeure un témoignage vivant de l'importance de la mémoire visuelle dans la construction de l'histoire nationale.

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