La hausse préoccupante de la mortalité maternelle au Ghana, passée de 779 décès en 2016 à 955 en 2025, révèle une faille structurelle profonde dans le système de santé. Loin d'être une simple fatalité médicale, cette crise constitue un frein majeur à l'autonomisation des femmes et au développement socio-économique du pays.
Une recrudescence des complications évitables
Les données communiquées par le Service de santé du Ghana (GHS) en février 2026 pointent les troubles hypertensifs, notamment la pré-éclampsie, comme l'une des causes principales de ces décès. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle pourtant que la majorité de ces issues tragiques sont évitables. Au-delà des soins cliniques, la lutte contre ce phénomène exige une logistique sans faille : disponibilité des médicaments, présence de personnel qualifié, fiabilité des services d'urgence et réactivité des systèmes d'ambulance.
Déconstruire les mythes pour sauver des vies
L'accès aux soins est freiné par des barrières culturelles persistantes. Dans certaines communautés, des symptômes alarmants comme les œdèmes sont parfois interprétés à travers des croyances populaires, retardant ainsi la prise en charge médicale. De même, la césarienne reste trop souvent perçue, à tort, comme un signe de faiblesse ou un échec personnel. Il est impératif que les leaders communautaires et religieux soutiennent l'intervention médicale, rappelant que la priorité absolue demeure la survie de la mère et de l'enfant.
Le défi de la confiance dans le système de référence
Un autre obstacle majeur réside dans la méfiance des familles envers les transferts vers les hôpitaux spécialisés. Perçus par certains comme un signe avant-coureur du décès, ces transferts sont pourtant essentiels pour accéder à des soins de pointe. Cette perception erronée, couplée à la peur du jugement social, génère des retards critiques. Le système de santé doit donc non seulement améliorer ses capacités techniques, mais aussi restaurer un dialogue de confiance avec les populations pour que la référence médicale soit perçue comme une chance de survie et non comme une sentence.
L'impératif d'une volonté politique accrue
Le gouvernement ghanéen, sous l'impulsion du ministère du Genre et de la Protection sociale, est appelé à transformer les politiques publiques en actions concrètes sur le terrain. L'enjeu dépasse le cadre strictement sanitaire : il s'agit d'une question d'égalité des genres et de justice sociale. Pour les décideurs, la réussite ne doit plus se mesurer uniquement à la croissance économique, mais à la capacité de l'État à protéger la vie de chaque citoyenne, en garantissant que les budgets alloués atteignent effectivement les centres de santé les plus isolés.