Une démission symbolique qui interroge la cohérence du projet politique porté par Pastef. Mor Talla Gueye, alias « Nit Dof », quitte la présidence du conseil d’administration du Fonds de développement des cultures urbaines (FDCU), dénonçant une dérive des valeurs initiales après le départ d’Ousmane Sonko du gouvernement.
Contexte et rupture idéologique
Mor Talla Gueye justifie sa décision par un désaccord profond avec l’évolution du projet politique qu’il avait rejoint avec conviction. Ancien soutien d’Ousmane Sonko et de Pastef, il avait accepté la fonction de PCA du FDCU dans l’espoir d’incarner une rupture avec le « système » et de promouvoir la souveraineté. Son engagement reposait sur des principes clairs : lutte contre les pratiques établies et défense d’un changement structurel. Pourtant, le limogeage de Sonko en mai dernier, remplacé par une nouvelle figure gouvernementale, a marqué pour lui le début d’un recul des idéaux initiaux.
Dans sa déclaration, il évoque une multiplication des « reniements » et une réapparition progressive du système qu’il prétendait combattre. Son départ n’est pas seulement une démission, mais une prise de position publique contre ce qu’il considère comme une trahison des promesses faites au peuple sénégalais. Cette rupture illustre les tensions internes au sein des cercles proches de Pastef, où les attentes en matière de transformation radicale se heurtent aux réalités du pouvoir.
Perspectives et enjeux pour l’avenir
La démission de Mor Talla Gueye soulève plusieurs questions sur la pérennité du projet politique de Pastef. Son départ met en lumière les défis auxquels fait face le mouvement depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye : concilier les aspirations populaires avec les contraintes institutionnelles. Pour ses partisans, cette crise interne pourrait affaiblir la crédibilité du gouvernement, tandis que ses détracteurs y verront une confirmation de l’incapacité à incarner une alternative durable.
Au-delà du cas spécifique du FDCU, cette affaire révèle une dynamique plus large au Sénégal, où les attentes en matière de souveraineté et de justice sociale restent fortes. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le gouvernement parviendra à maintenir l’adhésion des forces vives qui l’ont soutenu, ou si les dissidences comme celle de Mor Talla Gueye se multiplieront. Une chose est sûre : l’engagement politique ne se décrète pas, il se vit au quotidien, et les principes, une fois compromis, laissent des traces durables.