Le Sénégal s’impose, mais les ombres persistent.
La qualification en huitièmes de finale du Sénégal à la Coupe du monde 2026 éclaire d’un jour crue les failles administratives qui minent l’équipe. Pourtant, derrière les exploits sportifs, une question plane : comment un technicien peut-il diriger les Lions sans contrat clair ? L’ancien journaliste sportif Mbaye Jacques Diop, invité de iRadio, a pointé du doigt un système en lambeaux, où les détails logistiques – primes, salaires, engagements – semblent toujours en suspens.
Un sélectionneur sans garanties : un scandale en pleine compétition
Pape Thiaw conduit le Sénégal vers l’histoire, mais son propre avenir juridique reste flou. Mbaye Jacques Diop qualifie cette situation d’"inacceptable". Comment un homme peut-il assumer la responsabilité d’une équipe nationale alors que son contrat, selon lui, n’a jamais été officiellement validé ? La Fédération sénégalaise de football (FSF), le ministère des Sports et le technicien lui-même portent une part de cette responsabilité.
Diop soulève un paradoxe criant : l’État finance toujours les salaires des sélectionneurs, alors que les fédérations génèrent des revenus colossaux grâce aux droits TV, aux partenariats et aux tournois internationaux. En 2024, la FSF sénégalaise a rapporté plus de 200 millions de francs CFA via la Ligue des champions africaine. Pourtant, les fonds manquent pour régulariser les contrats avant même le coup d’envoi.
Les primes en retard : une distraction de trop
Au-delà du cas Thiaw, le journaliste pointe un problème systémique. Les primes des joueurs – souvent versées en plusieurs fois – créent des tensions en pleine compétition. "Une équipe distraite par des questions d’argent, c’est une équipe affaiblie", avertit-il. Or, le Sénégal, champion d’Afrique en titre, n’a pas le luxe de laisser des doutes planer sur sa cohésion.
Diop interroge : Pourquoi la FSF ne peut-elle pas s’autofinancer ? D’autres nations, comme l’Allemagne ou l’Angleterre, gèrent leurs sélections sans dépendre des budgets publics. Le Sénégal, lui, semble encore prisonnier d’un modèle du XXe siècle, où l’État joue les pompiers financiers.
Qui paiera l’addition ?
La question n’est plus seulement technique. Elle est politique. Si les fédérations disposent de moyens, pourquoi les utiliser ? Diop suggère une réforme radicale : les clubs et les instances fédérales doivent assumer leurs responsabilités. Les joueurs, les techniciens, les staffs – tous dépendent de contrats clairs. Sans eux, même les plus grands talents risquent de se disperser.
Le Sénégal, avec sa génération dorée (Mané, Wagué, Kouyaté…), mérite mieux qu’un Mondial entaché d’incertitudes administratives. Est-ce que la FSF osera enfin tourner la page des promesses non tenues ?
Conclusion : l’heure des choix
Le débat ne concerne pas seulement Pape Thiaw. Il révèle un système footballistique sénégalais à deux vitesses : d’un côté, des performances qui brillent sur la pelouse ; de l’autre, une bureaucratie qui étouffe les ambitions. La Coupe du monde 2026 sera-t-elle la dernière chance pour la FSF de se réformer, ou faudra-t-il attendre un nouveau scandale pour agir ?
Une chose est sûre : tant que les contrats traîneront, les Lions continueront de courir… sans filet.