Un examen qui divise les mentalités Le baccalauréat unique s’ouvre aujourd’hui en Guinée. À Barry Diawadou, 299 candidats, dont 132 filles, affrontent les épreuves de sciences mathématiques. Confiance ? Oui. Mais derrière les sourires se cachent des nuits blanches et des doutes tenaces.
« On nous a fait croire que c’était impossible » Mohamed Cheick Camara brise le mythe. « Le bac n’est pas une montagne infranchissable. C’est une évaluation, rien de plus. » Pourtant, autour de lui, l’examen cristallise des attentes démesurées. « On compare toujours ce qu’il reste à réviser à ce qu’on a déjà vu, et ça donne l’impression qu’on n’est jamais prêt », explique-t-il. Pour lui, le problème ne vient pas de la difficulté des épreuves, mais de la mystification qu’on en a faite. « Les gens en ont fait un enjeu vital, alors que c’est juste un test parmi d’autres. »
Des candidats entre espoir et épuisement Djènè Bayo, 17 ans, incarne cette tension. « J’ai passé des nuits à réviser, parfois jusqu’à l’aube. » Les insomnies l’ont rattrapée, tout comme le poids des regards. « Mes parents comptent sur moi. Mon école aussi. » Pourtant, elle refuse de céder au stress. « On a travaillé avec rigueur. Ça doit suffire. »
Moussa Camara, lui, rend hommage à ses professeurs. « Ils ont sacrifié leur temps pour nous préparer. » Mais même reconnaissant, il avoue : « Préparer le bac, c’est un marathon. Les nuits blanches, les exercices à perte de vue… On apprend à se débrouiller seul. » Son message ? « On ne prépare pas un enfant pour son avenir. On prépare l’enfant à son avenir. »
Un système qui veut briser les préjugés Le baccalauréat guinéen, réformé, mise sur la transparence. Plus de filières inégales, plus de barrières artificielles. « Le gouvernement nous donne les outils pour montrer ce qu’on sait vraiment », souligne Mohamed Cheick. Reste à savoir si les candidats, et surtout leurs familles, accepteront cette nouvelle donne.
Et si le vrai défi était ailleurs ? Entre les nuits de révision et les attentes familiales, le bac guinéen révèle une vérité plus large : une société qui sacralise l’examen comme s’il déterminait tout. Pourtant, comme le rappelle Moussa Camara, « l’avenir ne se joue pas en une seule épreuve. »
Alors, le bac est-il vraiment insurmontable ? Ou simplement surévalué dans l’imaginaire collectif ? Une chose est sûre : aujourd’hui, à Barry Diawadou comme ailleurs, des centaines de jeunes tentent de prouver qu’ils sont prêts. Et si on leur faisait confiance avant même qu’ils ne passent la ligne d’arrivée ?