Mohamed Benchicou : le parcours d'une figure majeure de la presse algérienne indépendante

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 24 lectures
Mohamed Benchicou : le parcours d'une figure majeure de la presse algérienne indépendante

Le paysage médiatique algérien perd l'une de ses figures les plus emblématiques avec la disparition de Mohamed Benchicou, décédé à Paris à l'âge de 74 ans. Journaliste, polémiste et écrivain, il laisse derrière lui l'héritage d'une presse indépendante qu'il a contribué à forger au prix d'un engagement personnel constant pour la liberté d'expression et la démocratie.

D'El Moudjahid à l'aventure du journal Le Matin

Né à Khemis Miliana, Mohamed Benchicou a bâti sa réputation sur une rigueur professionnelle alliée à une combativité politique sans concession. Après des débuts au sein du quotidien El Moudjahid, où il cherchait déjà à glisser des messages critiques dans un contexte de parti unique, il participe à la relance d'Alger Républicain. En 1991, il cofonde Le Matin avec Saïd Mekbel. Sous sa direction, le journal devient un acteur incontournable de la scène médiatique, se distinguant par ses chroniques incisives et ses enquêtes sur les centres de pouvoir, notamment lors des événements de 2001 en Kabylie.

Le prix de l'engagement et l'épreuve carcérale

Le tournant de sa carrière survient avec la publication de son ouvrage Bouteflika, une imposture algérienne. Ce livre le place directement dans le collimateur des autorités de l'époque. En 2004, il est condamné à deux ans de prison ferme, une incarcération qu'il purgera à la prison d'El Harrach. Cette période, marquée par une forte solidarité internationale et l'obtention du prix PEN en 2006, a profondément affecté sa santé et sa vision du métier. De cette expérience, il tirera des récits poignants comme Les Geôles d’Alger et Journal d’un homme libre, témoignant de la rudesse de l'enfermement pour un journaliste.

Une plume au service de la liberté

Au-delà de son rôle de directeur de publication, Mohamed Benchicou était reconnu par ses pairs, tels que Yasmina Khadra ou Arezki Metref, comme un écrivain de talent capable de « ciseler les mots ». Son parcours illustre les tensions constantes entre l'exercice du journalisme et les pressions politiques en Algérie. Bien que l'exil en France ait marqué ses dernières années, il a continué à observer les dynamiques nationales, notamment lors du Hirak. Son inhumation au cimetière de Garidi, à Alger, marque la fin d'un chapitre significatif de l'histoire intellectuelle et médiatique du pays.

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