La MINURSO, mission onusienne déployée depuis 1991 au Sahara marocain, subit une série de transformations internes alors que son avenir est sur la table des négociations à l’ONU. Entre réorganisation des effectifs, changement de commandement et réduction des moyens logistiques, ces ajustements pourraient préfigurer une refonte plus large des opérations de maintien de la paix.
Un nouveau commandement militaire et civil
La MINURSO voit ses deux composantes clés se renouveler à quelques semaines du renouvellement de son mandat par le Conseil de sécurité. Le général pakistanais Jawad Ahmad a pris la tête de la Force, succédant au général bangladais Fakhrul Muhammad Ahsan, tandis que Ron Misti Kamwendo, responsable malawite, a été nommé à la tête de la composante civile à Laâyoune. Ces nominations interviennent dans un contexte où l’ONU réévalue l’efficacité de ses missions de maintien de la paix, notamment face à des conflits sans issue politique.
Réduction des moyens et restructuration administrative
Plusieurs mesures d’ajustement ont été mises en œuvre au sein de la mission. Près d’une vingtaine de membres des équipes médicales ont été écartés, quatre responsables de secteurs ont été relevés de leurs fonctions, et l’un des deux avions dédiés aux déplacements sur le terrain a été retiré. Ces décisions, présentées comme des ajustements administratifs, s’inscrivent dans une logique plus large de rationalisation des opérations onusiennes, alors que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a récemment appelé à des mandats plus flexibles et conditionnés par l’existence de processus politiques viables.
L’ONU face à un dilemme stratégique
Le débat sur l’avenir de la MINURSO dépasse la simple question des effectifs ou des budgets. Depuis 2020, la violation du cessez-le-feu par le Polisario a modifié l’environnement du conflit, tout comme les équilibres diplomatiques autour du dossier. Guterres a souligné que « nous ne pouvons pas maintenir la paix là où il n’y a pas de paix à maintenir », plaçant ainsi la pertinence des missions onusiennes au cœur de leur évaluation. La question centrale pour octobre sera de savoir si la MINURSO doit poursuivre son mandat actuel ou si ses fonctions doivent être redéfinies pour s’adapter à une réalité politique et sécuritaire en mutation.
Le Maroc et l’Algérie s’affrontent sur le futur de la mission
Le Maroc, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, a plaidé lors de la Conférence ministérielle sur le maintien de la paix à Rabat pour des mandats onusiens plus réalistes et réalisables. Cette position s’oppose à celle de l’Algérie et du Front Polisario, qui cherchent à transformer le mandat de la MINURSO en un outil de prolongement artificiel du conflit. L’enjeu pour l’ONU est donc double : éviter que la mission ne devienne un instrument de blocage politique tout en maintenant une présence qui pourrait faciliter une solution négociée. Les changements actuels au sein de la MINURSO pourraient ainsi donner des indices sur la direction que prendra le Conseil de sécurité dans les semaines à venir.