La multiplication des accidents impliquant les minibus « Cheikhou Chérifou » sur les axes Dakar-Touba et la Route nationale n°1 alimente un débat urgent sur la sécurité routière au Sénégal. Entre pression économique, vétusté des véhicules et pratiques de transport dangereuses, le système montre ses limites.
Un modèle économique à l'origine des risques
Le système du « versement », qui impose aux chauffeurs de remettre une somme fixe quotidienne aux propriétaires des minibus, pousse à une course contre la montre. Pour honorer ces obligations, certains conducteurs enchaînent les rotations à un rythme effréné, souvent au mépris des limites de vitesse et des temps de repos. Les journées de travail peuvent s’étendre jusqu’à 18 heures, transformant ces véhicules en bombes à retardement sur les routes. À cela s’ajoute un manque criant de formation professionnelle pour une partie des chauffeurs, ainsi que des procédures d’obtention de permis parfois contestées, aggravant encore les risques d’accidents.
Un parc automobile vieillissant et mal entretenu
Les minibus « Cheikhou Chérifou », souvent importés d’Europe après des années d’utilisation, subissent des transformations artisanales pour augmenter leur capacité. L’ajout de sièges supplémentaires ou des modifications du châssis, réalisées sans normes de sécurité, fragilisent leur structure. Les pièces de rechange d’occasion, un entretien minimal et des équipements défectueux – pneus lisses, freins inefficaces – complètent ce tableau inquiétant. Malgré une campagne de contrôle technique ayant conduit au retrait de milliers de véhicules, la série d’accidents se poursuit, révélant l’insuffisance des mesures correctives.
Vers une refonte du système ?
Face à l’urgence, les autorités et les acteurs du secteur multiplient les propositions. Les syndicats de transport et la société civile réclament un renforcement des contrôles routiers, l’instauration d’un permis à points pour sanctionner les infractions, et une digitalisation des procédures de sanction pour plus de transparence. Une autre piste avancée est le renouvellement progressif du parc automobile, couplé à une régulation stricte des charges transportées. Pourtant, la surcharge reste une pratique courante : ces minibus, conçus pour 14 passagers, transportent fréquemment 19 à 20 personnes, un facteur aggravant de dangerosité. La question dépasse désormais le cadre technique pour interroger la viabilité même d’un modèle de transport public fondé sur l’exploitation et l’informel.