Le Ghana, riche en or mais en manque de retombées locales, voit ses communautés minières réclamer une place centrale dans l’exploitation de leurs ressources. Sammy Gyamfi, dirigeant de l’Autorité ghanéenne de l’or (GoldBod), a plaidé pour une transformation radicale du secteur minier, où les populations locales ne seraient plus de simples spectateurs, mais des partenaires économiques à part entière.
Les faits essentiels
Lors d’un dialogue national sur le thème « Repenser la licence sociale d’exploitation minière », organisé par Asempa FM en collaboration avec GoldBod et d’autres acteurs, Sammy Gyamfi a souligné l’urgence de repenser le modèle actuel. Selon lui, les communautés minières, comme Obuasi, ne bénéficient pas suffisamment de la richesse issue de l’extraction de l’or, malgré plus d’un siècle d’exploitation commerciale.
Gyamfi a pointé du doigt la domination étrangère du secteur, où une grande partie de la valeur générée quitte le pays via des structures de propriété, des financements, des intrants importés ou des services offshore. Il a également critiqué l’absence de transformation locale des minerais, souvent exportés bruts ou peu transformés, limitant ainsi les retombées économiques pour les Ghanéens.
Pourquoi c'est important
Cette question dépasse le cadre minier : elle touche à la souveraineté économique et au développement durable. L’exploitation des ressources naturelles devrait théoriquement stimuler la croissance locale, mais le modèle actuel, hérité de l’ère coloniale, perpétue une logique extractiviste où les profits sont captés ailleurs. En ne permettant pas aux communautés de devenir des actionnaires économiques, le Ghana rate une opportunité de créer des emplois, de développer des infrastructures et de réduire les inégalités régionales.
L’exemple d’Obuasi, ville minière emblématique, illustre ce paradoxe : malgré l’abondance de ressources, son développement industriel et économique reste en deçà de celui d’autres pôles miniers africains, comme Johannesburg. Pour Gyamfi, la présence de minerais ne suffit pas à transformer l’économie ; c’est la volonté politique et les partenariats stratégiques qui font la différence.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs pistes pourraient concrétiser cette vision. D’abord, l’adoption de politiques favorisant une plus grande participation locale dans la propriété et la gestion des mines, ainsi que le renforcement des chaînes d’approvisionnement domestiques. Ensuite, la promotion de la transformation locale des minerais, avec pour objectif de réduire les exportations de matières brutes au profit de produits à plus forte valeur ajoutée.
Enfin, la mise en place de mécanismes de redistribution équitable des revenus miniers vers les communautés concernées. Ces mesures, si elles sont appliquées, pourraient redéfinir le rôle des populations dans l’économie minière et, plus largement, dans le développement national. Leur succès dépendra cependant de la capacité des autorités à concilier intérêts nationaux et pressions des acteurs internationaux du secteur.